« Nous sommes la misère et la multitude. »

En cette ère du roi-spoil (bon courage aux camarades qui évitent les tirs entre GOT et Avengers) et comme nous allons parler d’un tome 2, je déconseille comme d’habitude la lecture de cette chronique à celleux qui n’ont pas encore découvert le premier opus.

Pour les autres : essuyez-vous les pieds en entrant, prenez place sur le canapé de mamie recouvert de sa housse en plastique, c’est parti pour de la petite fantasy des familles avec Les Révoltés de Bohen d’Estelle Faye. Et je remercie encore mille l’autrice et les éditions Critic pour les heures de voyage mental en première.

Quinze ans après la Révolution et la Voix de Bohen, les golems figés à jamais trônent aux portes d’une Serna Chernik à nouveau sous une obscure emprise. Une dictature en chassant une autre, Le Régent, L’Autre, L’Usurpateur (le genre de nicknames pour le gars sympa que t’inviterais bien pour l’apéro) et la princesse Yule ont étendu leur pouvoir sur la capitale. D’étranges chantiers, ceux-là même qui défigurent chaque jour un peu plus la ville, s’accompagnent d’un mal qui ronge peu à peu les quartiers les plus pauvres de la ville, laissant présager du funeste destin réservé à toutes et tous, jusqu’aux confins de Bohen. Mais les petits, les isolés, les mêmes qui n’étaient pas censés compter et qui ont renversé un empire jadis n’ont peut-être pas tous encre baissé les armes.

BON PAR QUOI QU’ON COMMENCE ? (Pas par la syntaxe déjà.)

Et bien par dire que ça n’a pas été une mince affaire de se remettre dedans. Deux ans après, je n’ai pas honte de le dire, j’avais zappé un tas de trucs et passées les cinquante pages à ne pas paner grand chose au délire, je me suis dit que la relecture du premier opus allait être inévitable. J’avais carrément du mal à faire le tri entre les infos que j’étais censées avoir et celles qui allaient probablement m’être révélées. Ceci dit, tout s’est joyeusement remis au cours des cinquante pages suivantes, rapport à de petits souvenirs des événements passés savamment distillés. Rosy était sauvée à ce stade mais du coup elle recommande quand même chaudement la relecture des Seigneurs avant.

Ceci étant posé, QUEL BONHEUR de retrouver l’univers de Bohen dans un second opus qui reprend tous les bons ingrédients du premier mais dans une version vraiment, vraiment plus punchy. Je fais partie des lectrices et lecteurs qui avaient adoré le style intimiste des Seigneurs, mais Estelle Faye prouve ici qu’elle excelle également dans les affrontements épiques et elle met un grand coup de pied (ou de poing ou de partie du corps contondante de votre choix) dans le peu de frustration qu’avait pu me laisser le précédent volume.

Encore une fois, nous suivons plusieurs personnages dans ce roman choral puisque partout, la résistance se met en place face à ce fameux Usurpateur et à la princesse Yule retranchés dans leur immense palais d’Ambre vert à Serna Chernik dont les projets un brin cryptiques ne nous disent rien qui vaillent… Il y a celles et ceux qui sont restés au sein même du siège du pouvoir, qui s’organisent dans l’ombre et qui désespèrent de retrouver un sens à leur combat, les disparus comme le Mage dément qui semblent n’avoir laissé derrière eux que des cicatrices irréparables et les étincelles d’espoir qui renaissent faiblement aux quatre coins de Bohen. Ioulia la Perdrix (MA PREF PRESIDENTE QUEEN), l’espionne métamorphe dont toutes les certitudes ont été bouleversées par la Révolution et qui entame un long voyage vers des contrées oubliées de l’oeil de la capitale, les  morguennes des Havres, Maëve, Lantane, bientôt rejointes par une nouvelle Poison Ivy en puissance, Sienne, la fille de la Voix de Bohen…

… et je passe le meilleur bien sûr pour que vous ayez toute la surprise. L’enchainement des chapitres est parfaitement équilibré et c’est en suivant toutes ces petites rébellions désespérées qu’on traverse Bohen de part en part et que le monde foisonnant créé par Estelle Faye se déploie sous nos yeux.

Il y a les lieux et les décors fabuleux qu’elle invente, de la toundra de Doshe, en passant par les étendues désertiques des Lacs Turquoises, jusqu’aux mangroves de Bo Chaï… Ce qu’on voit, ce qu’on entend, ce qu’on sent et ce qui y vit forment déjà un univers hyper riche mais ce que je préfère c’est que tout cela prend toujours une autre dimension avec les histoires et les légendes qui s’y rattachent. L’ancienne magie terrifiante, les croyances, le vrai, le faux, tout se mêle pour réenchanter les pierres, la terre et le vivant. Estelle Faye puise largement dans l’imaginaire, les mythologies et les sociétés moyen-orientales et orientales et chaque contrée de Bohen a trouvé une incarnation dans ma tête (pourtant bien entamée par les vidéos de chatons qui dorment sur le dos). En fait, en vrai, l’autrice crée une nouvelle mythologie autour de son propre récit et c’est assez déglingo pour être noté.

On ne cessera pas de dire merci pour la représentation LGBT, pour les personnages qui prennent le contrepoint total des clichés sexistes (oh ma berseker, oh mon chaman), pour l’extrême liberté qu’Estelle Faye semble toujours accorder à ses personnages : « C’est pas grave si tu ne corresponds pas à ce qu’on attend de toi, vole petit papillon »

Au niveau du style, ça coule tout seul. L’autrice a une plume élégante mais aussi très épurée et elle n’a pas besoin d’en faire des caisses pour donner du souffle aux scènes les plus poignantes. Je reste juste un peu sceptique face à l’utilisation répétée de certains adverbes comme ponctuation/transition et qui ont eu tendance à me casser un peu le doux flow. M’enfin, je m’en suis remise.

Obscurantisme religieux, manipulation et annihilation des masses silencieuses, sens du devoir qui s’oppose parfois au véritable combat intime, cette suite reste fidèle aux très belles valeurs des Seigneurs de Bohen, avec en bonus, et je me répète, DU COMBAT BADASS MAGIC POUR LEQUEL T’ES PAS PRET.E.

(pas aussi épique quand même !)

Sept cent pages c’est long quand c’est nul mais c’est trop court quand c’est aussi bien. Estelle Faye nous offre une véritable conclusion et en même temps, ça pourrait aussi ne pas s’arrêter là. Envoie 1 par sms pour que ça ne s’arrête pas là. Envoie 2 pour que ça ne s’arrête pas là.

 

Estelle Faye, Les Révoltés de Bohen, Critic

 

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