Palsgraf vs Long Island Railroad Co

Toute à ma deuxième et toujours excellente saison 2 de Mindhunter full of Holden-Emmanuel Macron, ces temps-cis, j’avais envie de rester en Amérique et dans du très costaud, aussi me suis-je tournée vers un récit autobiographique qui a beaucoup fait parler de lui au début de l’année, L’Empreinte d’Alexandria Marzano-Lesnevich.

Etudiante en droit et foncièrement opposée à la peine de mort, Alexandria Marzarno-Lesnevich obtient un stage dans un cabinet d’avocats de la Nouvelle-Orléans. C’est là qu’elle est confrontée à l’affaire « Ricky Langley« . En 1992, soit neuf ans plus tôt, un homme prénommé Ricky Langley a tué un garçon de six ans, crime pour lequel il a été condamné à mort puis à la perpétuité lors d’un nouveau procès. Le profil du criminel renvoie Alexandria aux traumatismes de son propre passé. La justice parvient-elle jamais à faire la lumière sur une affaire comme celle-ci ?

Je voulais du costaud, j’ai eu du costaud.

A mi-chemin entre le thriller et le nouveau journalisme fascinant à la Truman Capote, L’Empreinte est surtout un récit très personnel, très intime, très douloureux aussi puisque l’autrice met en parallèle une affaire criminelle qu’elle a étudié de très près et les sévices sexuels que son grand-père lui a fait subir dans son enfance.

Il y a ce meurtre fou et brutal, celui d’un petit garçon de six ans en Louisiane, qui a juste eu le malheur de frapper à la mauvaise porte. De son propre aveu, Ricky Langley ne saurait pas expliquer son geste. Mais il est connu pour des faits de pédophilie et au beau milieu des nombreuses déclarations contradictoires de l’homme, la justice doit trouver une vérité à partir des faits, en composant avec l’immense flou qui les entoure.

Face à cela, il y a un homme qui est déjà mort, qui n’a jamais eu à répondre de ses actes, qui a agi dans un silence honteux et partagé, un grand-père pédophile, celui d’Alexandria. Traumatisée, jamais réparée, l’autrice se dit qu’en cherchant à comprendre l’instant a priori insensé où la mère du petit Jeremy demande à ce que l’assassin de son fils ne soit pas tué, peut-être qu’un peu de lumière pourra se faire sur sa propre histoire.

Le procédé est incroyable à lire, alors à vivre, je n’imagine même pas… Alexandria Marzano-Lesnevich a opéré un travail d’investigation ultra pointu, en comblant certains vides par l’imaginaire (en le mentionnant toujours, et tout est d’une cohérence et d’une précision dingues, vraiment j’ai eu l’impression d’un De sang-froid bis de ce point de vue). Et le propos est là : qu’est-ce que la justice sinon une histoire qu’on réinvente pour que l’horreur, l’impossible n’échappent pas totalement à notre compréhension, parce qu’on ne pourra jamais accéder à la vérité ? Ou même aux vérités ?

Dans ce livre, elle remonte aux origines, les siennes, celles de Jeremy, de Ricky, de ses parents, de ce grand-père, du silence et des appels aux secours jamais entendus et c’est toute une galaxie de vérités qui se déploie, sans que l’issue ne change jamais, mais avec quelques réponses à des questions qui n’ont jamais été posées.

J’ai été très touchée par cette quête d’apaisement qui passe par l’investigation, par le besoin de mettre des mots sur des monstres dans le noir avec une absence totale de voyeurisme. La dédicace à sa compagne à la fin du livre est absolument magnifique, la définition même d’un chez-soi en l’autre, et c’est tout ce qu’on a envie de lui souhaiter à l’issue de ce livre.

 

 Alexandra Marzano-Lesnevich, L’Empreinte, Sonatine 

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