« We were the lucky ones »

Bon, aujourd’hui, on ne pas parler d’un livre très rigolo, mais on va parler d’un livre important… C’est un pavé qui m’a accompagné toute la semaine et que je reprenais chaque soir le coeur et les tripes en vrac. Sur les ailes de la chances est le premier roman de l’autrice américaine Georgia Hunter, inspiré de l’histoire incroyable de sa famille polonaise rescapée de la Shoah. Un grand merci aux éditions Charleston pour cette lecture !

Quand son grand-père Eddy décède alors qu’elle est encore adolescente, Georgia Hunter se tourne vers sa grand-mère dans l’espoir qu’elle lui révèle les secrets qui se sont toujours cachés derrière ses silences. Et c’est là qu’elle apprend que cette belle et grande famille éclatée dans le monde à laquelle elle appartient est le fruit de l’exil, de la survie et de l’histoire tragique de la Pologne sous l’occupation nazie. Des années plus tard, au bout d’un travail de recherche et de collecte de témoignages titanesque entre les Etats-Unis, le Brésil et l’Europe auprès de tous ceux qui ont côtoyé de près ou de loin la famille Kurc, est né ce roman.

L’autrice nous raconte dans ce livre l’improbable survie d’une famille de juifs polonais puisque pour rappel, les nazis ont massacré la quasi totalité des juifs du pays et si l’on prend Radom, la ville dont sont originaires les Kurc, on tombe sur la triste statistique d’1% de survivants… D’où ce titre original si glaçant et percutant : We were the lucky ones.

En mars 1939, Addy, 25 ans, vit à Paris où il s’est définitivement installé après ses études et retourne dès qu’il le peut auprès de ses parents et de ses quatre frères et soeurs, Genek, Jakob, Mila et Halina à Radom, en Pologne, pour célébrer les fêtes juives comme ils l’ont toujours fait. Mais cette année, sa mère suggère avec un peu trop d’insistance dans sa dernière lettre qu’il reste en France. L’atmosphère a changé à Radom, des rumeurs à propos d’une guerre à venir et des tensions de plus en plus fortes… Six ans de guerre, de persécutions et de terreur les attendent.

Et ces six ans, Georgia Hunter nous les retrace mois par mois, du point de vue de la grande histoire et de cette histoire familiale. C’est là que j’ai découvert les immeeeeeenses lacunes que j’avais car j’ai appris un tas de choses, notamment sur les accords d’occupation conjointe du pays entre l’Allemagne d’Hitler et la Russie de Staline et sur les atrocités commises de part et d’autre. L’autrice tient le paris difficile de l’exigence historique et de la fiction romanesque à travers les différents parcours des membres de cette famille séparés au sein de leur pays, jusqu’en Sibérie ou au Brésil.

Clairement, j’ai passé ces quelques 580 pages à trembler en permanence pour eux tous. De Sol et Nechuma, les parents qui voient leurs forces les abandonner de plus en plus, en passant par l’incroyable Halina, avec ses épaules et son courage qui pourraient supporter son pays tout entier, ou encore Mila et sa petite fille Felicia, torturées entre le besoin viscéral d’être ensemble et la peur de la mort quotidienne… Les épisodes d’une cruauté insensée s’enchainent et plus la machine nazie s’accélère, plus on se dit qu’ils ne parviendront pas à s’en sortir… Je comprends que Georgia Hunter ait pu être littéralement sonnée par tout ce qu’elle a appris sur sa famille, on ressort de cette lecture un peu dans le même état.

Alors je n’ai pas forcément trouvé le style de l’autrice marquant, mais on ne pourra pas lui reprocher de faire dans le pathos, sa plume est très neutre, probablement dans une volonté d’accompagner le plus fidèlement possible ce travail de recherche historique et familial dingue qu’elle a opéré. Le livre est naturellement dédié à son grand-père.

 

Georgia Hunter, Sur les ailes de la chance, Charleston 

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