La maison du crapaud

On a tous des films de gosse qu’on mate, qu’on remate à l’infini depuis l’enfance. Pour moi, y a les basiques, Jurassic Park, Jumanji, Indiana Jones, Titanic même… mais je me rends compte que j’ai aussi une sacrée listes d’oeuvres cinématographiques dites « eh mais c’était pas franchement de ton âge ça dis donc » à mon actif. Parmi elles, l’une des plus marquantes, c’est p’tête bien Les Sorcières d’Eastwick, avec son lot de sexe, de maléfices bien tordus et de Jack Nicholson en roue libre TOTALE. Ranafout’, à neuf piges, ça m’éclatait comme jaja. Et vingt ans plus tard, j’ai enfin mis le nez dans le bouquin qui l’a inspiré.

A Eastwick, petite bourgade bourgeoise de bord de mer nichée au coeur du Massachussets, Jane, Sukie et Alexandra vivent légèrement à l’écart de la communauté. Avec leur réputation de veuves croqueuses d’hommes mariés, on les imagine mal à l’église le dimanche. Libres et inspirées, elles le sont, mais leur potentiel semble comme endormi… du moins jusqu’au jour où un riche étranger qui suscite déjà tous les commérages à Eastwick vient s’installer dans l’immense propriété qui domine les environs. Darryl Van Horne a un ego surdimensionné, son nom sonne faux et ses manières sont grossières, mais sa maison à lui est grande ouverte aux trois curieuses… pour le meilleur et pour le pire.

Le revisionnage du film avec option Cher, Susan Sarandon et Michelle Pfeiffer coupe top-moumoute est prévu mais dans mes souvenirs, il n’exploite qu’une partie (la plus fun) de ce livre ô combien singulier et au potentiel féministe complètement dingue au regard du contexte : écrit par un homme américain dans les années 80 quand même. (pas que ça n’existait pas, mais reprenez les bouquins de l’époque, aussi bons soient-ils, croyez-moi, des passages comme j’ai pu en lire, ça se trouve pas sous les sabots d’un poney.)

Si vous attendez l’explosion de rebondissements, passez votre chemin, ce roman n’est qu’affaire de personnages complexes, de dénonciation de l’hypocrisie et de la pudibonderie des petites communautés blanches, sur fonds de sorcellerie et d’étrangeté. J’avoue que se mettre dedans, ce n’est pas comme entrer dans le jacuzzi de Darryl (quoique..), ça ne se fait pas en douceur. Des phrases à rallonge, un propos un peu cryptique… je me suis demandée si j’allais tenir longtemps. Et puis, je me suis laissée emportée par cette atmosphère si particulière avant d’être définitivement conquise par les personnages SI BIEN ECRITS de John Updike.

Ouais, vous, les meufs.

Seules dans leurs grandes baraques un peu branlantes, mères d’enfants qu’on ne voit jamais, les trois amies, quasi soeurs, se retrouvent tous les jeudis soirs pour picoler, évoquer leurs dernières conquêtes et effleurer le don qu’elles cultivent toutes trois à leur façon. Jane et son violoncelle, la volubile Sukie et ses chroniques pour la gazette du coin et puis Alexandra, leur ainée, qui sculpte d’étranges petites bonnes femmes et qui semble contenir en elle-seule toute la magie du monde en même temps que ces incompréhensibles angoisses de la maladie. (mon coup de coeur) L’arrivée de Darryl, ce type aussi détestable que charismatique, va chambouler toute la dynamique du trio

Ce traitement de la figure de la sorcière entre les mains de John Updike m’a totalement séduite et pour moi le compliment ultime et le sentiment que j’ai eu en lisant ce roman, c’est de lire les mots d’une femme. La façon de décrire les corps, le sexe, la douleur, les cycles menstruels, ce rapport ambigu à la nature… vraiment, ça fait partie de mes expériences de lecture inédites. 

On passe un temps incroyable à assister à leurs conversations téléphoniques, à leurs échanges pas si sages dans la grande baignoire ou sur le cours de tennis de cet animal de Darryl Van Horne, à leurs angoisses quant aux ravages du temps ou aux petites mesquineries qu’elles partagent finalement avec les gens du coin de temps à autre, à leur observation méticuleuse des saisons qui passent… C’est très contemplatif, le propos est parfois franchement ambigu et la morale tordue, ça pourrait vite être très chiant (je ne doute pas que certain.es d’entre vous trouveront ça chiant d’ailleurs) mais moi j’ai juste a-do-ré.

C’était définitivement pas de mon âge.

Ravie donc d’avoir opté pour cette petite étrangeté pour le mois spécial magie du #HMSFFF, on va vite se pencher sur la suite, le tout dernier roman de l’auteur, et attendre Halloween avec impatience pour se retaper ce petit bonbon à l’écran.

 

John Updike, Les Sorcières d’Eastwick, Folio

4 réflexions sur “La maison du crapaud

  1. Ahah, j’aime ton article aux illustrations so 80’s, tu m’as bien fait rire !
    Je ne connais ni le livre, ni le film mais je pense que je rattraperai mon erreur (rapidement pour le film et moins rapidement pour le livre, je pense^^) parce que tu m’as bien donné envie avec tout ça 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Oh je suis conteeente ! 😀 Tu peux foncer sur le film, il est vraiment fun et horrifique. Il te donnera peut-être envie de lire plus tard le roman et l’avantage c’est que le ton est tellement différent qu’on n’a absolument pas l’impression d’une redite.

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  2. Je me souviens que le film était assez fun (vu à sa sortie, si, si ). J’avais lu le livre quelques années plus tard et je ne l’ai pas relu depuis. C’est du Updike, donc, comme tu dis, c’est bien fichu ! (mais je suis assez fan). Par contre, si c’est beaucoup plus sombre que le film, il y a des passages plutôt longuets, si je me souviens bien. A découvrir ou à re-découvrir….

    Aimé par 1 personne

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