Low talker

C’est le retour de la SF sur le blog… « ETCEYPASTROPTOT MA GRANDE » vous entend-je déjà taper du poing sur la table ! (Moi aussi, je finis par trembler quand j’ai pas ma dose.) Je dois dire que la reprise a été assez délicieuse puisque j’ai eu le plaisir de découvrir récemment un délicieux petit planet-opera signé Sue Burke chez Albin Michel Imaginaire dans le cadre d’une Masse Critique. On dit un grand merci à l’éditeur et à Babelio, et on s’envole pour Pax les coupaings !

On nous en dit peu, mais à travers les lignes, on comprend vite que l’espèce humaine n’a pas attendu de franchir le cap d’un nouveau siècle pour étouffer le monde. Une cinquantaine d’élu.es se sont porté.es volontaires pour quitter définitivement la Terre et s’installer sur une planète jugée habitable. Le voyage ne se passe cependant pas comme prévu et l’expédition atteint une autre planète viable. Ce sera Pax. Les hommes et les femmes qui ont pour mission de (re)peupler cette contrée inexplorée se sont juré.es de ne pas reproduire les mêmes erreurs, de vivre en paix et en harmonie avec la nature. Mais quelles sont les réelles implications de la fondation d’une nouvelle civilisation ? Chaque génération hérite de la précédente et les valeurs louables s’écrasent bientôt contre une nature hostile, imprévisible, contre la nécessité de survie et les inclinations humaines les plus secrètes.

Vraiment, si vous êtes archi fans des récits de constructions de civilisation, de « on part d’un vieux bout de bois et de trois cailloux et on en fait Las Vegas gamin » mais surtout des mécaniques sociales perverses à l’oeuvre là-dedans, ouvrez vos mirettes et vos écoutilles parce que ça risque de vous intéresser.

Sue Burke consacre grosso modo un grand chapitre par génération/personnage, le tout sur un siècle et près de 435 pages, de l’arrivée des explorateurs de l’extrême sur Pax à 107 ans plus tard. Le projet de l’autrice est donc ambitieux, on aurait pu vite trouver le doss expédié ou les personnages mal brossés mais QUE NENNI, tout du long, je vivais Pax, je respirais Pax et je me suis attachée à chaque être qui sort du lot pour éclairer cette civilisation naissante.

Imaginez une cinquantaine (un peu moins, spoiler alert, certains ont mal supporté le mal de vaisseau) de colons, tous animés par la glorieuse mission de fonder un nouvel eden, en annulant les conneries d’antan de type guerre, surconsommation, pollution et autres célébrations du black friday (en vrai je juge pas, je suis ravie si vous avez fait de bonnes affaires, mais je peux plus voir ces deux mots accolés sans faire une crise d’urticaire). Il y a des fruits, de quoi installer des plantations et des animaux à domestiquer et manger – tiens, là, déjà, moi je me suis dit qu’on reproduisait un schéma de merde mais j’ai fermé ma gueule – on va pouvoir monter des cabanes, prendre les grandes décisions de la communauté en réunions citoyennes et se reproduire gaiement : bref, le paradis en mode utopie.

Sauf que nos cher.es ami.es déchantent bien vite lorsqu’ils se rendent compte que la nature n’a pas forcément envie de faire copain-copain. Je vais rester très évasive sur le sujet parce que j’aimerais que vous jouissiez vous aussi de la pleine découverte de cet univers unique, mais le végétal tient une grande place sur Pax… Son traitement est clairement le bijou de ce roman et n’était pas sans me rappeler le merveilleux Annihilation de Jeff Vandermeer, en beaucoup moins fucké.

Attendez-vous à croiser un Groot… hum… d’un autre genre.

Et quand on est menacé, quand les circonstances nous placent parfois au coeur de dilemmes vieux comme cette vieille Terre qu’on croyait morte et enterrée, et ben c’est plus la même mayonnaise. Qu’est-ce que la colonisation ? Qu’est-ce qui motive un choix pour la communauté ? A quel moment se compromet-on dans les compromis ? « Entre avoir des principes et être un sale con la ligne est fine » dit Orelsan et ça s’applique pas mal à notre histoire je trouve.

Etonnamment, j’ai pu lire ici et là que le rythme était un peu lent jusqu’à la deuxième moitié, que les passages de hard-science liés au végétal avaient de quoi laisser au bord du fossé… Perso, c’est un peu le contraire qui s’est passé. J’ai été fascinée par toute la première moitié du roman, par cette atmosphère à la fois idyllique et pesante jusqu’au climax, pour moi, du chapitre dévolu à Tatiana. Et puis, alors même qu’il est vrai que l’action déboule bien comme il faut dans le dernier tiers, c’est là où bizarrement, j’ai pris plus de distance avec l’intrigue et la fin m’a carrément laissé un goût de trop peu, comme si ce one-shot appelait une suite. Et là j’ouvre un nouvel onglet sur le site d’Albin Michel et je vois qu’une suite est prévu. Je pose ce fail là parce que je sais que vous avez tendance à me mettre sur un piedestal et il est important que vous sachiez que j’ai moi aussi mes faiblesses…

En tous cas, pour un premier roman, c’est sacrément bluffant. Le style/la traduction ne m’ont pas spécialement fait vibrer mais la neutralité ne me pose pas de souci dans ce genre de récit. J’ai vraiment hâte de voir quelles thématiques l’autrice va encore bien pouvoir explorer dans un prochain opus, parce que s’il est facile d’entrer dans Pax, il est beaucoup moins aisé de la quitter…

Sue Burke, Semiosis, Albin Michel Imaginaire

Une réflexion sur “Low talker

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