L’Abattoir du lac

Je vous interromps deux secondes dans vos ouvertures de calendriers de l’avent, dégustations de chocolats chauds et autres activités de saison essentielles et pailletées pour poursuivre mon petit cycle de chroniques #RayCelestin avec le second opus de sa saga full jazz et mafia, Mascarade. Encore mille mercis aux éditions du Cherche-Midi !

Nous sommes en 1928. Exit La Nouvelle-Orléans, Michael Talbot et Ida Davies ont pris un nouveau départ dans une grande agence de détectives à Chicago, ville réputée la plus violente des Etats-Unis et fief du célèbre Al Capone. Après une poignée d’affaires qui leur ont taillé une bonne réputation en parrallèle d’une police corrompue, nos deux associés deviennent l’ultime recours de Mme Van Haren, une dame de la haute dont la fille a disparu dans des circonstances plus que troubles, la veille de son mariage. Et comme le crime ne prend pas de vacances à Chicago, au même moment, le cadavre d’un homme blanc est retrouvé dans un quartier noir de la ville. Encore une fois, il vaut mieux compter sur les réseaux alternatifs pour suivre une véritable piste et c’est le photographe de scènes de crime Jacob Russo qui s’y colle dans le dos des flics. ET EN PLUS DE TOUT CA (non, cet auteur n’aime pas déployer d’innombrables trajectoires de personnages ceyfo) le Roi Capone commence à sentir que le vent tourne après une tentative d’empoisonnement presque réussie (ou ratée) de l’ensemble de ses plus proches alliés politiques lors d’une soirée mondaine. Il met un type de confiance sur le coup, un diplomate et un négociateur hors-pair qui cache cependant un ou deux secrets lui aussi… et quand Al Capone vous confie une mission, vous avez plutôt intérêt à assurer.

Avec Mascarade, Ray Celestin poursuit son grand projet de fresque de la mafia et du jazz aux Etats-Unis et si le premier volume m’avait déjà bluffée, surtout pour sa Nouvelle-Orléans plus vraie que nature, j’avoue qu’il a définitivement emporté mon petit coeur de lectrice avec son deuxième bébé.

Avec sa plume qui a ce je-ne-sais-quoi de quasi photographique, l’auteur brosse une ville de Chicago aussi fascinante que corrompue. Les politiciens sont tous des pantins à la solde d’un Al Capone charismatique et flippant comme jamais, la Prohibition n’a jamais autant fait les affaires des mafieux et l’alcool frelaté laisse son cortège de macchabées au détour des speakesies… La paix s’achète et se vend, même si quelques bruissements ici et là pourraient bien raviver d’anciennes guerres de clans promptes à enflammer la ville. Notre récit s’ancre donc dans une atmosphère de parano et de tension extrême comme on les aime, à base de tête-à-tête entre mafieux avec option flingue sous la table.

Une riche héritière blanche a disparu en même temps que son fiancé sans explication, le corps d’un blanc est retrouvé dans un quartier noir et par-dessus le marché, une nouvelle guerre semble poindre entre mafieux alors que le règne d’Al Capone montre ses premiers signes d’instabilité. On retrouve de multiples enquêteurs aux profils atypiques : Michael Talbot, le flic tombé en disgrâce à la Nouvelle-Orléans et sa jeune associée talentueuse, Ida Davies, Jacob Russo, un photographe à la criminelle que personne ne prend véritablement au sérieux et Dante, un mafieux exilé jusque là à New-York chargé de dénicher le traitre responsable de la tentative d’empoisonnement de la #CaponeFamily. A l’instar de l’intrigue de Carnaval, on se dit bien qu’il y a un lien entre tous ces personnages et ces affaires mais Ray Celestin pousse le suspense jusqu’au bout. Cette fois, j’ai trouvé le rythme tellement mieux géré, le récit ne s’essouffle pas, bien au contraire, et les fils se tissent avec fluidité jusqu’au dénouement.

Au milieu de toutes ces réjouissances, le jazz semble mettre tout le monde d’accord… ou presque. Avec l’ascension extraordinaire de Louis Armstrong, Ray Celestin n’oublie pas son entreprise de décorticage de l’Amérique ségrégationniste en rappelant bien l’appropriation culturelle des blancs de cette musique et le « tourisme » blanc malsain dans les quartiers noirs pour aller s’encanailler l’espace d’une nuit.

Je l’avais déjà précisé dans la chronique de Carnaval, ma culture jazz avoisine les mois douze et je n’ai pu l’apprécier à sa juste valeur mais il faut quand même noter que l’auteur a, à quelques approximations près, construit ce roman selon le schéma d’un morceau d’Armstrong de 1928, « West End Blues ». On adhère (moi !) ou pas à l’univers de Ray Celestin mais J’ADORE le fait que cet auteur ait un véritable projet de A à Z. Chaque arrangement avec l’histoire nécessaire à ses choix de narration est toujours précisé à la fin, tout est ultra documenté…

A l’heure qu’il est, j’ai lu les trois romans parus de cette tétralogie et Mascarade reste mon coup de coeur. Habituellement les thrillers de mafieux et moi, ça fait plus de deux, mais quand c’est si bien fait, quand chaque page nous plonge littéralement dans l’instantané d’une ville et d’une époque corrompues jusqu’à l’os… on ne peut qu’en redemander et prier pour que le troisième voyage direction New-York soit à la hauteur. (réponse bientôt like very soon)

Ray Celestin, Mascarade, Le Cherche Midi

2 réflexions sur “L’Abattoir du lac

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