« Il a quelque chose que nous n’avons pas, il a le verbe. »

Janvier s’achève et Janvier c’était quoi ? OUI C’ETAIT LE MOIS DE LA GALETTE ET JE RAGE PAS DU TOUT PARCE QUE J’AI JAMAIS EU LA FEVE SUR 9 GALETTES. Mais c’était surtout le mois des utopies et dystopies pour le Hold My SFFF Challenge et ici on a choisi de s’attaquer enfin à La Servante Ecarlate de Margaret Atwood. Rien que aç.

Defred est ce qu’on appelle désormais une Servante écarlate, une esclave revêtue de rouge mise à la disposition d’un couple de nantis dans l’unique but de procréer. Dans la république de Gilead, il en va ainsi. Les femmes sont toutes soumises, d’une manière ou d’une autre, à un nouvel ordre religieux et patriarcal établi. Defred est encore jeune, mais pas suffisamment pour ne pas avoir connu autre chose. Elle se souvient comment c’était, d’aimer, d’avoir une amie, de travailler, de lire, d’être libre…

Bon j’avais été prévenue, un peu partout, que ce roman était un joli coup de poing dans le ventre, mais ça ne prépare jamais à ses propres émotions. A l’heure où Trump se pavane dans des rassemblements géants contre l’avortement aux Etats-Unis, cette lecture gagne malheureusement encore un peu (beaucoup) en pertinence et en force.

Tout au long de notre lecture, nous serons dans l’esprit et le coeur de Defred, à qui on a volé le véritable nom pour la rebaptiser telle une propriété. Son visage est caché aux yeux du monde par une large cloche blanche, l’empêchant par la même d’envisager son univers à sa juste mesure, et son corps par une robe rouge sang, couleur d’une fertilité si rare et prisée à Gilead. Comme bon nombre de ses « soeurs », elle a été rééduquée dans le silence et l’obéissance les plus absolu.es dans l’unique but d’offrir des bébés à la République. Tout ce qui n’est pas intimement lié aux froides cérémonies d’accouplement forcé SLASH viols avec Le Commandant, l’homme et le maitre de la maison, lui est strictement interdit. Le savoir est confisqué. La parole, muselée.

Mais le truc vraiment glaçant avec cette histoire, et ce qui est aussi le coup de génie de Margaret Atwood, c’est de nous avoir plongé dans la tête d’une femme qui a connu l’avant. Un avant qui ne date que de quelques années seulement… Et c’est quand ce basculement éclair d’une existence certes imparfaite mais semblable à la nôtre jusqu’à cette dystopie cauchemardesque a commencé à me paraitre ABSOLUMENT PAS DECONNANTE que je me suis dit…

Si j’avais besoin d’un petit reminder à propos des droits des femmes qui doivent être arrachés dans le sang et qui, surtout, ne sont jamais acquis, je crois que pour le coup j’ai pris tout le bloc de post-its dans la face d’un coup.

On n’est pas seulement dans un univers semblable au nôtre qui nous fait réfléchir à notre propre réalité, on est dans le scénario catastrophe de notre réalité, mais du genre désespérément probable. C’est ce choix de l’autrice qui rend le récit si déchirant, la situation de Defred et de toutes les autres si atroce (ET CETTE FIN). D’autant qu’Atwood n’oublie pas d’évoquer avec beaucoup de justesse la solitude de ces femmes, même en présence « d’alliés ».

Je crois que le fil qui m’a le plus remuée c’est le parcours de Moira, la meilleure amie de l’héroïne, lesbienne et absolument insoumise. Je dis « remuée » mais « détruite » conviendrait mieux hein. Le personnage a beau être raconté, remémoré plus qu’incarné, sa force est incroyable. Et ça m’a forcément donné envie de me plonger dans la série pour la retrouver sous les traits de Samira Wiley.

Tout le merveilleux catalogue du patriarcat est passé en revue à travers ce parcours d’insoumission silencieuse et radicale qui doit absolument rejoindre les piliers de votre bibliothèque féministe. A ressortir comme un petit avertissement et un talisman à chaque fois que le danger ressurgit.

Margaret Atwood, La Servante écarlate, Robert Laffont 

6 réflexions sur “« Il a quelque chose que nous n’avons pas, il a le verbe. »

  1. Je te rejoins tout a fait. La force du récit tient de ce lien avec notre réalité. Il est malheureusement si probable que ça en devient glaçant et que ça remet les idées bien en place quand à l’importance de la lutte pour nos droits. Je l’ai lu il y a bien longtemps (rooooh la vieille ^^) mais je crois que tu me donne envie de me replonger dedans.

    Aimé par 1 personne

    • Oui exactement ! Les dystopies et les romans d’anticipation ont tendance à vraiment nous faire réfléchir à notre présent mais la proximité particulière dans La Servante écarlate rend le propos vraiment percutant pour le coup !

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s