« Ils avaient besoin d’images de mort pour rester en vie. »

Ami.e.s blogueur.euses, je ne sais pas sur quel son vous rédigez vos articles. Petite playlist spotify « chill » ou gazouillis de pinsons ? Perso, je teste actuellement « son du tambour de la machine à laver datant du jurassique menaçant de m’exploser à la gueule à tout moment » et comment dire… y a mieux. Ce n’est en tous cas pas à la hauteur des six ans du blog (OUIIII cette fierté, on va le rabâcher partout aujourd’hui) ou bien encore du roman dont je vais vous parler aujourd’hui, Ce qui nous tue de Tom McAllister. Encore un grand merci à Benoit et aux éditions du Cherche Midi parce qu’on sentait venir la pépite, mais quand ça se confirme, y a rien de meilleur.

Nous sommes à Seldom Falls, petite bourgade de Pennsylvanie. Le bled en question a été élu ville « LA PLUS SYMPATHIQUE DES ETATS-UNIS », titre honorifique qu’on retrouve placardé partout et qui résonne dans toutes les têtes scandalisées des habitant.es hypnotisé.es par les nouvelles accablantes des chaines d’info en continu. Mais l’illusion de sécurité à Seldom Falls prend un grand coup dans la tête lorsqu’un étudiant fait un carnage dans son lycée : 19 morts et 45 blessés. Après le choc, le deuil, la décence vite expédiée, il est temps de trouver des réponses et surtout des coupables. Cette Anna Crawford, par exemple, une prof du lycée virée quelques jours plus tôt pour insubordination… Est-ce qu’elle n’aurait pas joué un rôle dans tout ça ? Et quand bien même elle serait innocentée, qu’est-ce qui nous dit qu’elle l’est vraiment, innocente ?

 

A travers cette petite ville symptomatique des lieux « conviviaux où tout le monde se connait » mais aussi où « tout le monde se tire dans les pattes dès que ça tourne mal », Tom McAllister explore les poisons de la violence qui gangrènent depuis toujours les Etats-Unis, à commencer par les armes, indissociables des grands mythes fondateurs, des droits élémentaires des citoyens ou des tueries de masses qui se multiplient et se répètent pour creuser un peu plus de tombes.

Pour expliquer le geste du gosse qui a pris le temps d’enfiler une pizza avant de massacrer ses camarades, on va chercher du côté des jeux-vidéo, de la drogue ou des dangereux activistes mais il ne viendrait à personne l’idée de remettre en cause les mécanismes de la violence, l’accès aux armes de guerre ou le besoin viscéral de rejeter la faute sur les minorités. C’est à peu près aussi dingue que le soleil qui ne se lève plus sur Seldom Falls, absurdie géniale qui donne à cette histoire des allures de fin de monde.

Et je vous défie de ne pas succomber à la spectatrice principale de ce déclin de la « ville la plus sympathique des Etats-Unis », Anna Crawford. L’auteur défonce tous les codes du malegaze (comme quoi on peut être un homme et y arriver) avec cette femme qui regarde son monde partir en vrille avec une acidité, un humour mal (bien) placé et ce genre de résignation désabusée que n’aurait pas renié une Fleabag des mauvais jours. Les réflexions du personnage sur le sexisme, sur le harcèlement, sur les représentations héritées du patriarcat sont tellement justes et cash qu’on croirait que le roman a été écrit par une femme. (meilleur compliment dans ma bouche)

Je vous conseille donc de vous ruer sur le roman à la couverture jaune et full flingues (mon édition est une épreuve) de Tom McAllister, histoire d’éprouver vous aussi le vertige de la société qui traque ses « fous » en oubliant de se traquer la première.

 

Tom McAllister, Ce qui nous tue, Cherche Midi

2 réflexions sur “« Ils avaient besoin d’images de mort pour rester en vie. »

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