Le Chant des glaces – Jean Krug

Ce mois-ci c’est pas possible je dois avoir un kink (purement littéraire) sur les sensations fortes… Après la plongée, L’ALPINISME. Et pas du plantage de piolet de fin de saison dans les Cévennes hein, plutôt de l’expérience glaciale à haut risque aux confins de la galaxie ! Les éditions Critic viennent tout juste de reveal leur petit dernier côté SF, Le Chant des glaces, signé Jean Krug, et j’ai eu le plaisir de plonger la tête la première dans ce tout premier roman à moins douze mille degrés. Enfilez vos combis 1er prix technique de chez Décath, on y va.

Il y a bien, bien longtemps que la Terre, désormais baptisée Alpha, n’abrite plus l’humanité. Cette dernière, qui a colonisé l’espace, se répartit maintenant entre deux superpuissances, Epsilon et Bêta, se disputant chaque morceau de caillou à grands renforts d’artillerie galactique. Alors que l’immense majorité du peuple crève la gueule ouverte tandis qu’une minorité prospère, il existe une planète sur laquelle il fait encore moins bon vivre. Delas (hélas). Un planète glacée, sorte de bagne géant, où l’on retrouve pêle-mêle criminels, hors-la-loi ou simples pauvres hères ayant eu le malheur de naître au mauvais endroit. C’est là que contraints à un travail harassant, des hommes et des femmes puisent l’eau potable dans les gigantesques glaciers afin d’alimenter le reste de l’univers assoiffé. En secret, c’est aussi au même endroit qu’une élite de détenu.es extrait du coeur de la glace une matière aux propriétés incroyables (et hautement onéreuses), le cryel. On les appelle les chanteurs parce qu’ils ont élevé leur labeur au rang d’art. Mais ni Fey, ni Bliss ne s’y trompent : au royaume des rien-du-tout, on n’est jamais grand chose, quand bien même on n’occuperait pas la pire place. Entre petites transgressions et expéditions à haut risque quotidiennes, les deux amis n’ont qu’une idée en tête, gagner leur liberté, d’une façon ou d’une autre. Ce qu’ils ne mesurent pas, c’est le rôle qu’ils jouent déjà malgré eux au sein de l’échiquier politique de la galaxie… 

Alors oui c’est un premier roman ambitieux qui donne dans le space-op, le planet-opera et même une chouille de hard-sf très accessible en même temps que dans l’aventure, le tout saupoudré d’une belle réflexion philosophique sur la liberté. Rien que ça !

L’auteur, qui a opté pour une narration morcelée entre les différents points de vue de ses personnages, nous entraine aux côtés de Ferley et Bliss, les deux chanteurs pris dans la grande Histoire. Complémentaires aussi bien au coeur de la glace (il assure ses arrières, elle brille par ses fulgurances) que dans la relation d’amitié qui les lie (il assure ses arrières, elle brille par ses fulgurances again)… Et puis, au fil d’un brouillard qui se dissipe peu à peu, d’autres personnages aux motivations troubles font régulièrement leur apparition. Une jeune scientifique, chercheuse geek du côté free license et wikipedia de la vie contre le secret et l’opacité du pouvoir, un pilote de vaisseau au langage bien châtié (seul bémol au très joli style de l’auteur, l’excès de gouaille tue un peu la gouaille dès que ce dernier apparait), en passant par les huiles d’Epsilon… 

Alors j’avoue que si chaque personnage joue un rôle clé dans le récit, je les ai moins apprécié pour l’empathie qu’ils ont eu du mal à susciter chez moi que pour le message qu’ils portaient. Liberté contre aliénation, partage contre réquisition des savoirs, théorie face à la pratique… sont superbement incarné.es au détriment de l’émotion et du corps à mon modeste avis. 

A mon sens, un roman peut difficilement être taxé de « trop ambitieux », mais il est vrai que face à la complexité de l’univers, j’ai parfois été un peu frustrée de ne pas pouvoir zoomer et m’attarder un peu plus longtemps sur les décors urbains cauchemardesques et/ou naturels somptueux de Delas ou sur les expéditions des chanteurs. Parce que Jean Krug est glaciologue de formation et ça se sent dans plusieurs passages du roman, dans l’exploration des mystères des glaciers, des galeries souterraines et du rapport charnel et spirituel des chanteurs à ce fameux cryel. 

On entend littéralement la glace monumentale craquer (ou chanter suivant le point de vue) sous la plume de l’auteur et en dépit de quelques petites frustrations, je n’ai pas boudé le voyage !

Jean Krug, Le Chant des glaces, Critic

5 réflexions sur “Le Chant des glaces – Jean Krug

  1. Jolie critique, j’ai été un peu moins enthousiaste même si je relève les mêmes qualités indéniables. Le style un peu particulier m’a laissé de glace et c’est ce qui a freiné mon immersion. Mais c’est un premier roman prometteur.

    Aimé par 1 personne

    • Oui j’ai lu ta chronique et finalement on se rejoint pas mal. Par contre j’ai vraiment aimé la plume, en dehors de ce petit bémol lié au personnage à la gouaille un peu trop fabriquée a mon goût.
      En tous cas oui, on est curieux.se de voir ce qu’un prochain titre pourrait donner !

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  2. Pingback: Le Chant des glaces, Jean KRUG – Le nocher des livres

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