Pachinko – Min Jin Lee

L’été, c’est aussi prendre le temps et se dire qu’on peut se lancer dans des romans fleuve qui vont nous faire voyager loin, très loin. C’est emporter ce gros pavé de six cent pages dans sa valise et ne pas regretter qu’il ait pris la place de la serviette de bain car qui a besoin d’une serviette de bain finalement ? Hein, bon, on se le demande, surtout face à une petite pépite comme Pachinko, de l’autrice américaine Min Jin Lee, cette grande fresque familiale qui retrace près de 80 ans d’histoire coréenne et japonaise. Rien que ça.

Nous sommes au milieu des années 20, dans un petit village de Corée alors occupée par le Japon. L’essentiel de la population crève littéralement la dale et au beau milieu de cette misère, la petite pension pour pêcheurs que tient Yangjin depuis la mort de son mari ferait presque figure de réussite… Pourtant la vie n’est que privations pour la veuve et sa jeune fille Sunja qui ont appris à vivre avec la faim, l’odeur du poisson, de la sueur rance et la voix forte des hommes. Aussi quand, un jour au marché, Sunja est sauvée d’une agression raciste et misogyne par un bel étranger, l’échappatoire semble irrépressible. Des mois de rencontres secrètes sur la plage, ses récits de voyage, son éducation et ses douces manières tranchent si irrésistiblement avec le quotidien de la jeune fille qu’elle succombe. Or jamais Sunja n’aurait imaginé son amant déjà marié et lorsqu’il lui propose de devenir sa petite épouse coréenne, en cachette, c’est tous ses espoirs que le riche homme d’affaires vient de détruire.

Or le destin veut qu’un jeune pasteur gravement malade s’arrête à la pension. Sous les bons soins des deux femmes durant des mois, le coréen se rétablit doucement et, en gage de gratitude ou poussé par sa propre charité chrétienne, Isak propose à Sunja de l’épouser, pour lui éviter une vie de déshonneur, et de s’installer ensemble à Osaka, au Japon, où son frère lui promet une vie meilleure. 

Commence alors pour Sunja, son mari et l’enfant qu’elle porte une vie de « zainichi ». C’est ainsi que l’on nomme les coréens ayant migré au Japon durant l’ère coloniale et leurs descendants nés sur le territoire, pourtant jamais reconnus comme des citoyens, cibles d’un racisme systémique et parqués dans des ghettos. 

Au fil de quatre générations, Min Jin Lee raconte à la fois l’histoire tragique de la Corée sous l’occupation japonaise mais aussi un récit de migration, d’exil et de sacrifices universel. Survivre, travailler dur, tenter de se fondre dans la masse quand les préjugés racistes vous rattraperont toujours… L’histoire de Sunja et de ses descendants m’a fendu le coeur, pourtant l’autrice a opté pour un style très neutre auquel j’ai eu un peu de mal à me faire au début, mais qui épouse finalement à la perfection la retenue en toutes circonstances de ses personnages, les femmes en tout premier lieu. 

L’autrice interroge aussi avec finesse, à travers le destin des fils de Sunja, la difficile place à trouver des enfants jamais reconnus dans leur deux patries, de naissance ou d’héritage… le besoin de s’extraire de sa condition ou au contraire de se rallier à ses racines, avec tous les dilemmes moraux que cela suppose. 

Si vous voulez vous plonger dans une grande fresque historique, familiale, intime et collective, sans pathos et très accessible, lisez Pachinko qui n’est pas sur la très select liste de conseils de Barack Obama pour rien.

Min Jin Lee, Pachinko, Charleston

4 réflexions sur “Pachinko – Min Jin Lee

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