Le Cavalier de la nuit – Robert Penn Warren

Ces dernières semaines, j’ai savouré lentement les pages d’un grand roman américain, le tout premier de Robert Penn Warren réédité récemment chez Séguier : Le Cavalier de la nuit. De quoi parlons-nous ? Disons… la fin et les moyens. Et je pourrais presque m’arrêter là.

True story : ce dont Robert Penn Warren parle dans ce livre, c’est d’un fait historique oublié. Nous sommes au tout début du XXe siècle, dans le Kentucky où l’écrasante majorité des quidams vit de la culture du tabac. Une entreprise harassante qui ne rapporte plus rien depuis que les vampires de l’industrie de la clope forment un immense bloc avec un seul objectif : faire baisser les prix au plus bas. Pour défendre leurs intérêts (principalement = ne pas crever), des hommes fondent L’Association, regroupant des cultivateurs qui refusent de vendre leur production à moins qu’un prix de vente honnête ne leur soit proposé. Cette organisation, tout à fait légale, se doublera bientôt d’une organisation souterraine beaucoup moins légale lorsque les grandes firmes tentent de soudoyer les producteurs hors de l’Association…

C’est dans ce contexte un peu… BRULANT que nous entrons dans l’effervescence d’une gare à la frontière du Kentucky et du Tennessee aux cotés de notre personnage principal, M. Munn, un jeune avocat accueilli par un producteur de tabac fort en gueule qui lui attrape le bras (et le notre au passage) pour ne plus le lâcher. Ça fourmille de monde, l’atmosphère est électrique et pour cause, l’Association va naitre. Munn ne sait pas trop quoi en penser, de prime abord, et puis, au milieu de ces hommes qui lui font une place, crac, l’allumette. Et crac, bientôt l’incendie.

Comment un homme peut-il littéralement s’incarner dans une cause plus grande que lui ? Seul, le jeune avocat semble n’être qu’une ombre hantée par ses doutes et par ses questionnements sur l’individualité des autres… mais à mesure que la société dont il fait partie se radicalise et que la frontière entre le bien et le mal se dissipe, Munn trouve une consistance. Et les quelques craintes quant à ce ce feu et cette violence qui couvaient à l’intérieur seront bientôt oubliées. C’est ça, ce roman. Quelque chose qui bouillonne doucement et qu’on s’attend à tout moment à voir déborder. 

Mélange de récits dans le récit et de scènes de tension saisissantes, Le Cavalier de la nuit est aussi rempli de personnages très incarnés, justement parce que Munn semble obsédé par ce qui peut bien emplir la vie du moindre inconnu qui croise sa route. 

La fin et les moyens. L’auteur ne tranche jamais avec une morale simpliste, mais au passage, on ressortira un brin étourdi.e de cette longue nuit au souffle épique où les petits ont voulu bouffer les gros et se sont perdus en chemin, peut-être. 

Robert Penn Warren, Le Cavalier de la nuit, Séguier

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