« Des doigts, pas des sabots. »

Tonight (‘s gonna be the night), je vous parle d’un premier roman qui est aussi un joli thriller intimiste : Le Pacte des menteurs de Rebecca Whitney. Un grand merci à Nordine Haddad, le traducteur du roman, et aux éditions Denoël pour cette découverte !

La belle maison, les grosses voitures, la société de production… Rachel et David ont tout pour être heureux et forment depuis la fac le couple parfait. Mais le vernis n’est pas bien épais, et en grattant un peu, on déniche bien vite l’ombre d’un amant et de tractations financières secrètes. C’est en rentrant en voiture d’une de ses escapades adultérines que Rachel percute accidentellement un sans-abri et cause sa mort. D’abord soulagée de voir que son mari a décidé de la couvrir et de garder secret ce sombre épisode, Rachel est rapidement rattrapée par la culpabilité et les instincts prédateurs de celui qui partage sa vie. En prenant conscience de l’impossibilité d’échapper à sa responsabilité, c’est aussi son passé que Rachel va devoir affronter une nouvelle fois.

Pas de whodunnit ou de longue attente avant un final spectaculaire dans le roman de Rebecca Whitney qui nous propose plutôt de nous plonger dans le quotidien glaçant et dans l’esprit tortueux de cette Rachel, exemple même de la réussite mais prisonnière d’un mariage toxique. Le récit s’ouvre sur l’événement tragique de la mort du SDF qu’elle cache dans la précipitation. C’est totalement hébétée et traumatisée qu’elle parvient à rentrer chez elle et à avouer l’accident à David, sans mentionner, bien entendu, qu’elle venait de quitter Will, son amant. Pour moi, c’est à partir de ce moment précis que la machine infernale se met en branle et qu’on décèle ce je-ne-sais-quoi de très, très inquiétant chez David. Mais pas que.

En effet, j’ai été particulièrement sensible au personnage de Rachel, incroyablement complexe, pour lequel il est difficile d’avoir de l’empathie tant ses névroses semblent avoir forgé l’essence même de sa personnalité. On est totalement immergé dans un esprit, et pourtant il demeure opaque jusqu’au bout et semble nous repousser toujours. C’est ce que j’ai trouvé puissant dans ce roman, et qui passe par une écriture et une traduction assez géniales. C’est un véritable jeu de manipulation, de non-dits qui se joue au sein du couple, allant jusqu’à donner lieu à certaines scènes carrément terrifiantes, dans un environnement aseptisé à l’extrême (le genre qui plairait à Patrick Bateman).

Je ne peux nier que la fin m’a laissé un petit goût d’inachevé mais ce roman a exercé un vrai pouvoir hypnotique sur moi, de la première à la dernière page. Les amateurs de thrillers psychologiques à la Gone Girl tout en finesse et en menaces voilées devraient passer un bon moment. (Pervers !)

 

Rebecca Whitney, Le Pacte des menteurs, Denoël.

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5 réflexions sur “« Des doigts, pas des sabots. »

    • Oui si tu avais des attentes de ce type, je comprends tout à fait que tu aies pu être déçue. J’ai moi-même eu un peu de mal avec cette fin un peu plate. Le déroulement en revanche m’a beaucoup plu et j’ai donc gardé un bon ressenti global.

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