De la Fin des Empires…

Allez hop, on sort de sa zone de confort (Martine à la plage) et on fait une petite incursion en Dark Fantasy avec Les Seigneurs de Bohen, le dernier roman d’Estelle Faye paru le mois dernier chez Critic, que votre serviteur s’est empressé d’acquérir avec sa voracité habituelle.

Le puissant empire de Bohen a beau s’être paré d’illusions d’éternité, voilà que son règne touche à sa fin. Alors que le danger semble venir des mers, de ces vaisseaux noirs qui s’approchent toujours un peu plus pour encercler le monde des hommes, d’autres voix plus modestes s’élèvent pourtant dans l’ombre. Maëve, la morguenne aux cheveux verts éprise d’horizons infinis, Sainte-Etoile, le bretteur qui vit avec un monstre niché au creux de son crâne ou encore Wens, petit clerc en disgrâce condamné à pourrir au fond d’une mine, à moins qu’il n’y trouve enfin la lumière… Tous auront un rôle à jouer dans le lent processus de la pierre qui s’effrite.

Comprenez bien, ce roman, j’y suis entrée un brin frileuse, pas bien sûre que ce soit pour moi, au fond. D’où la nécessité de passer outre les genres et les étiquettes, parce que j’aurais manqué une sacrée bonne histoire.

Bohen, cet empire qui tire sa richesse de l’extraction du lirium, un métal à l’éclat inégalé, existe depuis des siècles et des siècles. De son passé, de ceux qui foulèrent la terre avant lui, il a fait table rase. Rien n’a été avant et ne sera après lui, du moins c’est la fable que les puissants se sont inventée et qui, au moment où notre récit commence, va prendre fin. Pas de Big armée du Bien contre Big armée du Mal dans le roman d’Estelle Faye, mais une indignation populaire, qui va embraser plusieurs âmes inattendues. On suit donc le destin de plusieurs personnages : Maëve, une sorcière pourvue d’un pouvoir sous-estimé, celui de contrôler le sel, va entreprendre un long voyage pour implorer l’Impératrice de sauver les ports des Havres de ces inquiétants vaisseaux noirs cauchemardesques qui menacent les côtes. Sainte-Etoile, quant à lui, est un escrimeur en quête de rédemption, et plus ou moins malgré eux, l’homme et le monstre bavard qui vit dans sa tête vont être pris dans la Grande Histoire. Wens va définitivement perdre son innocence et ses illusions romantiques après avoir été condamné au travail (à mort) dans les mines par celle qu’il aimait par-dessus tout. Mais au plus profond de cet enfer, le petit ange pourrait bien faire une rencontre décisive. Sigalit, enfin, petite ravaudeuse des bas-fonds, se découvrira la force de mille soldats après avoir aimé.

A chaque personnage, chaque destinée, Estelle Faye accorde un soin particulier, une atmosphère unique. Toute la complexité et la beauté de la magie s’incarne en Maëve, tandis que les passages dévolus à Sainte-Etoile, du moins dans la première partie du roman, assurent l’aspect plus gouailleur ô combien bienvenu (ouais, mon pêché mignon). Et que dire de la fabuleuse transformation de Wens, l’être délicat appelé à éprouver les sombres délices du sacrifice… Dans cette ambiance de crépuscule, de barque qui prend méchamment la flotte de toutes parts, Estelle Faye rend un hommage vibrant aux révolutions populaires, aux idées vibrantes qu’on s’échange sous le manteau et pour lesquelles on est prêt à mourir et qui sont cent fois plus épiques que toutes les grandes batailles qu’on aurait pu attendre dans un récit comme le sien.

Bien sûr, j’ai été charmée par l’univers, par les êtres multiples que l’auteure fait naitre sous nos yeux, des être liquides aux êtres de feu, des sorcières aux pouvoirs étranges aux légendes qui navigueraient à bord des vaisseaux noirs… Mais ce que je retiendrai surtout des Seigneurs de Bohen, c’est la formidable place qu’accorde Estelle Faye aux genres et aux amours pluriels. Maëve, TRUE WOMANIZER, aurait été un homme sous d’innombrables autres plumes. Wens, lui aurait pu prendre les traits d’une jouvencelle apeurée puis dévoyée dans un roman plus traditionnel. Et je ne parle même pas de l’amour sublime de Sainte-Etoile, même si la seconde partie du roman lui fait perdre un chouïa de sa verve à mon goût.

Peu importe la hauteur de vos tours, la rigueur de vos lois ou l’acharnement que vous mettrez à fermer les yeux, les gens seront et s’aimeront toujours en dépit de vous, et bordel, vos empires s’effondreront tous l’un après l’autre. C’est la belle et grande idée de ce livre que vous devriez lire.

 

Estelle Faye, Les Seigneurs de Bohen, Critic

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4 réflexions sur “De la Fin des Empires…

  1. Tu te doutes bien que ta copine elle a déjà dans le viseur ce bouquin depuis sa sortie. Alors c’est marrant que tu parles de frilosité, parce que jusqu’à présent c’est ce qui m’a un peu empêcher de me jeter dessus. Mais bon après ce superbe avis, j’m’enfile une polaire et c’est marre.

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    • Bah ouais dark fantasy, créatures diverses, magie… Moi dès que l’univers s’éloigne trop de ce que j’aime (type des crapules mais pas trop de dragons, Benvenuto et Locke dans mes bras), j’ai peur de pas adhérer des masses…
      Et puis en fait, y a un côté très intimiste qui m’a énormément plu, et puis j’ai été obligée de m’incliner devant la construction et l’univers du bouquin. Et en one-shot stépliz. Tu peux y aller chaton ! (Sainte-Etoile et Morde devraient te plaire.)

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