Poisoned earth

Trump et sa négation totale des dangers qui pèsent sur l’environnement vous affolent un brin en ce moment ? J’ai le livre qu’il vous faut. Pas pour vous rassurer, non. Non, non, non…

Bakerton, une petite ville paumée de Pennsylvanie, devient subitement le centre du monde lorsque de puissants groupes industriels commencent à s’intéresser à ce qui s’y passe en sous-sol… Des représentants se pressent aux portes des propriétaires pour les convaincre de laisser la compagnie Dark Elephant forer leurs terres pour en extraire le précieux gaz de schiste. Face à des promesses de retombées financières sans commune pareille, la plupart d’entre eux signent les contrats à l’aveugle. Avant même d’avoir reposé le stylo, les machines et les armées d’ouvriers débarquent. Et le cauchemar commence… Un cauchemar que tous les billets verts du monde ne sauraient faire oublier.

L’extraction du gaz de schiste, on en a tous entendu parler au moins une fois, en se doutant bien que Nicolas Hulot désapprouverait, mais sans trop savoir pourquoi. Honnêtement, je ne me sentais pas de me lancer dans une étude scientifique de sept cent pages pour en apprendre plus sur le sujet, par contre, un roman bien foutu, documenté et passionnant comme un thriller… J’étais vraiment pas contre. (Et là j’ai spoilé toute ma chronique en une phrase.)

Ce bouquin, c’est d’abord une belle et vaste fresque d’une Amérique dont on ne parle jamais. Bakerton, Pennsylvanie, est un coin perdu, quasi mort depuis la fin du charbon. Alors quand les grands manitous de Dark Elephant frappent à la porte et promettent des millions aux types du coin sans qu’ils aient à bouger de leurs foutus sièges…

Certains n’hésitent pas une seule seconde pour signer et attendre les biffetons. D’autres, comme ce couple de lesbiennes agricultrices bio qui détonnent un peu dans le coin, préfèrent s’abstenir, quitte à s’attirer les foudres de leurs voisins. L’espoir des prochains jours heureux, du retour de l’abondance et du travail nourrissent les espoirs les plus fous, des espoirs qui vont vite êtes douchés. L’écologie et la préservation de la nature, la plupart d’entre eux pensaient ne pas être concernés. Mais le bruit assourdissant jour et nuit sans interruption, les machines immenses, les trous béants laissés sur ce qui était jadis leur foyer, l’eau qui, soudain, a comme un goût… Très vite, tous vont être totalement dépossédés de leur propre existence, faute d’avoir été attentifs aux petites lignes en bas de la page.

Loin, bien loin, d’être un simple texte pro-écolo indigeste, Ce qui gît dans ses entrailles est un vrai grand roman américain passionnant en grande partie grâce à la galerie de personnages que nous propose Jennifer Haigh. Rich Devlin, gardien de prison, saisit l’opportunité un peu par hasard et espère concrétiser plus tard son rêve d’avoir sa propre ferme. Rena, en couple avec Mack, va tout entreprendre pour protéger son exploitation bio et entrer dans la voie du militantisme écologique. Shelby, quant à elle, est une femme au foyer continuellement obsédée par l’état de santé de sa fille. Mais cette fois, elle sait qu’il y a quelque chose dans l’eau qui la rend malade… J’ai été assez scotchée par la profondeur, le côté vraisemblable de chacun d’eux. Loin de tomber dans la facilité du grand vilain entrepreneur, du gentil écolo justicier ou encore du pecno crédule et avide, l’auteure refuse toute dichotomie. (Fais pas la fière, tu l’avais écrit sans le « h » avant de filer sur Wikipédia meuf). Tous, je dis bien tous, agissent selon des intérêts, plus ou moins personnels, ce qui aboutit au genre de société dans laquelle nous évolunos, une société que Jennifer Heigh décrit avec une justesse saisissante.

Les nombreuses intrigues parallèles, amoureuse, sociale ou bien plus sombre encore (ouais, elle parvient même à nous faire frissonner comme il faut), contribuent à rendre le roman in-lâ-chable, d’autant plus qu’on sent bien que l’auteure a également réussi le pari de l’exigence. Très simplement, on apprend un tas de choses sur la technique barbare de l’extraction du gaz, sur les camps géants d’ouvriers et les conditions de travail improbables…

Là, tout de suite, j’aurais presque envie de prendre ma voix de bobo et vous dire que cette lecture est « nécessaire » mais disons que je vais me contenter de vous recommander chaudement ce bouquin captivant, édité chez Gallmeisterl’amériquel’amérique.

 

Challenge des Irréguliers de Baker Street +1 ; Une étude en rouge

 

Jennifer Haigh, Ce qui gît dans ses entrailles, Gallmeister

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6 réflexions sur “Poisoned earth

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