« Acheter. Aimer. Jeter. Acheter »

Je vous le dit tout net, avec les mini bonshommes qui jouent à la balle au prisonnier à l’intérieur de mon crâne, j’attends le week-end comme si j’en n’avais jamais eu de ma vie. Aussi la qualité de cette chronique laissera t-elle peut-être à désirer, mais j’espère que ce ne sera pas le cas parce que j’ai prévu de vous parler d’une BD superbe, pour laquelle j’ai eu un vrai beau coup de coeur : Shangri-La de Mathieu Bablet. (J’attire tout spécialement l’attention des Petits copains de l’espace, mon club de passionnés au nom tout à fait révocable)

Les hommes ont bousillé la Terre, ENCORE, et désormais, ils ne sont plus qu’un petit million à vivre au coeur d’une station en orbite autour de la planète bleue. A bord, plus de religions, plus de communautés… Une seule entité, Thianzhu, est toute puissante. Nouveaux téléphones, délicieux burgers, porte-gobelet… L’entreprise pourvoit à tous les besoins. Elle a même lancé un vaste programme de terraformation de Titan, rare zone hospitalière de l’espace, un lieu où tout pourra recommencer. Où l’on pourra jouer à Dieu.

La couv’ interpelle déjà. J’ai dû passer une bonne centaine de fois devant chez Critic, tiraillée entre la Raison et la banque. J’ai envie de dire que la banque a perdu, puisque je l’ai achetée pour la médiathèque, où elle va pouvoir faire une myriade d’heureux. Amoureux des planches dans l’espace qui en jettent, des couleurs folles et des nouvelles formes de totalitarisme (enfin des oeuvres qui en parlent hein, cette chronique n’est pas spécialement adressée aux Petits copains des régimes totalitaires, club que je n’ai pas fondé), vous devriez vous jeter dessus.

Le concept de base est assez classique : nous suivons Scott, un habitant de la station plutôt heureux de son sort. Vivre, travailler, acheter. La paix, ça n’est pas si compliqué après tout. On ne fait plus de différences entre les couleurs de peau, pourvu qu’ils possèdent tous la dernière version du TZ-Phone. Il n’y a pas à se poser de questions, c’est reposant. Du moins jusqu’à ce que certaines anomalies au paradis commencent à faire surface. Ebranlé dans ses convictions, Scott refuse d’abord d’ouvrir les yeux lorsque son frère, Virgil et plusieurs de ses amis commencent à remettre en cause le bien fondé de l’action de Thianzhu. Mais la vérité s’impose peu à peu à lui et avec elle les dessous insoupçonnés de l’organisation qui régit la vie de tous les êtres à bord.

Contrôle par la surconsommation, spécisme, stigmatisation des minorités, manipulations génétiques, radicalisation des luttes et choix de contestation… J’ai été assez soufflée par la densité du propos de l’auteur, sachant qu’il s’agit quand même d’un one-shot. Surtout qu’il ne tombe jamais dans la facilité : j’ai été sensible à  son approche de plusieurs grandes questions, consistant à exposer différents points de vue, à dénoncer l’hypocrisie et la violence du consumérisme débilitant sans invalider totalement les modes de pensée qu’il combat. Il en va de même pour les mouvements de contestation : qu’est-on prêt à faire ? Qu’est-on prêt à perdre ? Se retrouvera t-on toujours dans le camp des « gentils » ? Pendant toute ma lecture, j’ai ainsi eu la sensation que Mathieu Bablet jouait à l’équilibriste avec talent pour évoquer un large spectre d’enjeux de société, en n’oubliant, et c’est heureux, de s’engager.

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Le tout est porté par un graphisme magnifique, qui ravira les fans de vaisseaux comme les amateurs de belles images oniriques. Un micro bémol, pour moi, concernant certains personnages aux traits beaucoup trop semblables. Ceci dit, l’allure générale des humains et des animoïdes (oh mon dieu, préparez-vous à avoir le coeur serré) m’a bien plue.

Donc en gros, ce qu’elle dit, c’est que c’est gavé beau, gavé intelligent, gavé captivant et qu’il faut absolument lire Shangri-La.

 

Mathieu Bablet, Shangri-La, Ankama (Label 619)

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