Mein kleiner Bauer…

Voilà l’histoire. Alors il y avait ce livre que mon amour voulait absolument me faire lire. Mais moi, j’avais toujours une PAL à rendre Augustin Traquenard fou de jalousie et je disais « plus tard, plus tard… ». (C’est moi ou cette chronique commence comme un vieux conte moisi que tu répètes à tes gosses tous les soirs dans l’espoir qu’ils s’endorment VITE ?) Et puis ces derniers jours, sans trop savoir pourquoi, j’ai cédé, j’ai dit « D’accord, même s’il fait juste mille pages, même si la dernière saison de Game of Thrones sera sortie quand je l’aurai terminé, je vais lire ce foutu Echiquier du mal ! »

Spoiler alert : ça m’a pris à peine une semaine pour dévorer cette frappe atomique.

Spoiler alert bis : c’est le retour du #ClaqueDansLaGueule les gars.

Ils sont une poignée d’humains à posséder le Talent, ce pouvoir qui consiste à posséder et contrôler l’esprit des pauvres êtres sur lesquels ils ont jeté leur dévolu. Meurtres, « accidents » mortels, attentats, tueries, torture… Tout est bon pour satisfaire l’appétit de pouvoir et le sens du jeu de ces vampires psychiques dépourvus de tout sens moral. Mais ce sont précisément ces sordides inclinations qui vont mettre Saul Laski, juif rescapé des camps, sur la piste de son ancien tortionnaire nazi, l’un de ces démons…

La fille de Dan Simmons se languissait de voir enfin l’écriture du « livre à faire peur » de son père s’achever. Réjouissons-nous qu’il ait pris son temps car point de vue frisson désagréable derrière la nuque, on est là. (Prière de me visualiser en train de montrer un point inaccessible dans le ciel)

Commençons par l’ouverture, incroyable. Nous sommes en 1942, en Pologne, dans un dortoir du camp d’extermination de Chelmno, au beau milieu de la nuit. Saul Laski n’a que trop vécu au regard du sort qui a été réservé au reste de sa famille, de ses frères. Il vit sans trop y croire, attend la mort sans perdre pour autant l’ultime étincelle d’espoir. Cinq officiers allemands débarquent tout à coup, et parmi eux, il y a ce jeune Oberst dont Saul ne distingue qu’une mèche blonde impeccable. Ils commencent à choisir de pauvres hères, probablement au hasard. Et le tour de Saul vient. Dans sa certitude de la fin imminente, il décide de résister une dernière fois, d’être fusillé sur-le-champ plutôt qu’en rang, sagement, contre le mur qui lui certainement promis. En réalité, il ignore où on l’emmène, et qui est l’homme, cet Oberst, qui lui face. Du moins jusqu’à ce qu’il le « ressente »…

Rien que cinq pages, d’une puissance inouïe, où l’auteur te laisse entendre, un sourire mauvais derrière la plume, que tu t’apprêtes à entrer dans une putain de terrifiante histoire de croquemitaines.

Et puis on opère un bond dans le temps : 1980. A Charleston, USA, deux vieilles dames et un vieux monsieur se retrouvent dans un salon pour « compter les points ». Suite à leur entrevue, neuf personnes sont retrouvées assassinées dans le même quartier. Le shérif Gentry est sur l’affaire, mais il n’y comprend rien, il ne semble y avoir aucun lien entre les victimes. Et puis un certain Saul Laski, psychiatre, propose d’apporter son aide à l’enquête…

Dans un enchevêtrement de récits, Dan Simmons évoque une traque dont les véritable chasseurs demeurent dans l’ombre. Et alors c’est la galerie des monstres qui se dévoile. Nous faisons alors la connaissance de la charmante Mélanie, vieille dame fortunée en cavale, rongée par la paranoïa depuis qu’elle sait que ses compagnons de « Festin » l’ont trahie. Mais il y a aussi ce cher Tony Harod, producteur de films où l’horreur côtoie la pornographie, un type abject qui nous en rappelle un autre, un vrai,  dont on parle pas mal en ce moment. Sans parler de l’Allemand, qui est mort dans ce récent accident d’avion, mais dont l’ombre semble toujours planer dans les environs…

L’auteur nous embarque dans un thriller de malade, nous offrant le point de vue de tous, en taisant juste ce qu’il faut pour nous éblouir à chaque page. Et ce qui m’a laissée littéralement sur mon séant (j’ai envie de remplir cette chronique de fuckin et de amazin mais il faut savoir garder un certain niveau d’exigence littéraire), c’est l’intensité des scènes qui s’enchaînent. Je parlais de l’ouverture plus haut, ultra intense, mais TOUT est comme ça ou presque. C’est comme si le type était capable de maintenir le niveau de tension au max en permanence. (C’est pas comme si, c’est.) Dans le désordre : l’insoutenable scène de la piscine de Tony Harod l’alligator, l’assaut de Germantown, le récit de l’enfer de Saul, les marionnettes qui viennent vous murmurer des douceurs en allemand… On est dans le creepy, le cynisme et le réalisme malaisant 10 puissance à l’infini, tant au-delà du fantastique c’est l’essence même de l’âme humaine, du pouvoir et des mécanismes du mal qui est interrogée.

Un livre pareil, ça ne se lâche plus, ça vous obsède, ça laisse plus de place pour le reste derrière lui…

Alors, ne faites pas la même erreur, et n’attendez plus pour lire L’Echiquier du mal. L’ancien moi est encore enfermé dans une cave et fouetté avec des fougères pour son erreur impardonnable.

 

Dans Simmons, L’Echiquier du mal, Folio SF

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