La vertu et la prudence

Si j’ai abandonné depuis des années les bonnes résolutions de janvier, quelque chose me dit, en revanche, que les bonnes résolutions livresques sont bien plus faciles à tenir. Comme par exemple, se remettre aux classiques comme au bon vieux temps de la fac (#ahdemontemps) en participant au super #readingclassicschallenge de Lilly & Books ! Le principe : chaque mois, une autrice et un auteur te sont proposés. Après libre à toi de n’en choisir qu’un ou de t’envoyer toute la biblio de papi Hugo en un mois, fifrelin que tu es. En janvier, le programme c’était Mme de La Fayette et Jules Verne, aussi votre licorne a t-elle entamé les festivités avec La Princesse de Montpensier.

Alors que se prépare sous le règne de Charles IX l’un des pires massacres commis au nom de la religion, Madame de Montpensier, l’une des plus belles femmes du royaume, ne se plait guère dans son mariage. Elle n’arrive pas à oublier le duc de Guise, pour qui elle a dû refouler une violente passion. Mais il n’est pas le seul à tourner autour de la princesse. Le duc d’Anjou et le comte de Chabannes, éternellement relégué au rang de confident, sont aussi amoureux d’elle…

Bon il faut savoir que j’ai un passif assez chargé avec Madame de La Fayette puisque La Princesse de Clèves, bouquin étudié en Lettres, m’avait laissé un goût amer. (Pour ne pas dire que le machin avait été lu à raison de deux paragraphes par semaine, et même pas avec le sourire.) Je ne saurai pas dire de quoi il retournait exactement, c’est dire si j’ai été marquée, mais je me souviens d’une langue beaucoup trop maniérée à mon goût et d’une histoire impossible à digérer.

« Mais du passé faisons table en marbre », me suis-je dit.

Et j’ai donc opté pour une nouvelle, La Princesse de Montpensier. Et je me félicite… de la brièveté du bouquin. Ouais, spoiler alert, ça l’a encore pas fait du tout.

Nous sommes donc à l’aube du massacre de la Saint Barthélémy sous Charles IX, un contexte historique à peine brossé mais qui augure de la tragédie intime qui va se jouer sous nos yeux. Madame de Montpensier est ce qu’on appellerait de nos jours une frappe atomique, laissant peu d’hommes indifférents à la cour. Le joli duc de Guise lui plait beaucoup, mais voilà, notre future princesse fait un mariage selon les voeux de papa, avec un homme qu’elle ne parviendra jamais à aimer tout à fait en dépit de ses efforts. Et pour cause, elle ne parvient pas à oublier son premier amour. Aussi quand il revient rôder dans les parages, il devient vite très difficile de céder à la tentation. Et je ne parle même pas de sa myriade d’autres prétendants, dont le trop gentil comte de Chabannes, éternellement installé dans la friendzone… Tout cela va mal finir, ON LE SAIT.

Replaçons les choses dans leur contexte : Madame de La Fayette écrit au XVIIe, siècle du classicisme et de la préciosité. Opposant passion et raison, elle passe volontiers par de croustillants récits pour mettre en valeur une morale évidente : qui fait le malin, tombe dans le ravin qui se laisse dominer par ses passions se perdra.

Même compte tenu de ce contexte et du format de la nouvelle, non, je n’ai pas du tout accroché. Sans dialogues ou presque, le récit est trop aride. J’avais l’impression de lire une juxtaposition d’événements, historiques et intimes, de façon chronologique. Point. Le style m’a paru moins inabordable que dans La Princesse de Clèves, mais ça n’a pas suffit à me faire entrer dans cette histoire un seul instant.

Je crois que désormais je m’en tiendrai là rayon princesses.

 

Madame de La Fayette, La Princesse de Montpensier, Pocket

9 réflexions sur “La vertu et la prudence

  1. J’ai lu plusieurs textes de Madame de Lafayette il y a quelques années, dont celui-ci, mais je me souviens avoir plutôt aimé, même si je n’en ai pas non plus un souvenir impérissable. Mais je suis assez perméable au style des classiques 😊 (honoré mon héros)

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  2. J’ai eu exactement la même expérience que toi avec La princesse de Clèves.
    Tout le monde me disait qu’il fallait le lire, que c’était les prémisses du féminisme, blablabla… Total: j’ai souffert pendant ma lecture et ai longtemps cru que, décidément, j’étais vraiment trop cloche pour ne pas voire l’oeuvre d’art que le roman cache.
    Ca me rassure de voir que non, je ne suis peut-être pas si bête que ça…

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    • Les prémisses du féminisme ? Alors peut-être, mais moi j’ai surtout vu l’esprit raisonnable et moralisateur de son temps. Disons qu’être femme et écrivain était déjà en soi une très belle avancée en tous cas.

      Et c’est l’intérêt, je trouve, de se remettre aux classiques pour le plaisir, sans cette dimension culpabilisante du « si je n’aime pas, c’est que je n’ai pas compris ». On peut s’intéresser et aller plus loin dans une oeuvre parce qu’on peut passer à côté de choses importantes, mais ça n’enlève rien à notre sentiment de lecture, qui est tout à fait légitime, qu’il soit positif ou non, que le bouquin soit un « chef d’oeuvre » ou pas. 😉

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  3. Je salue ton courage mon Chaton, bravo !
    Moi,j e n’ai jamais pu lire en entier la Princesse de Clèves à la fac. Alors que je l’étudiais. Parce que NON. A part quelques passages qui sont intéressants à analyser, le reste dans sa globalité est pour moi un fascicule moralisateur de comment une jeune femme de cette époque devait se comporter. Toute passion est proscrite, tu te retrouves avec quelque chose qui a perdu du coup son humanité et c’est froid. Froid et pénible. Déjà que je suis pas fan de la pensée du classicisme qui à l’instar de Racine et ses tragédies te donne des leçons de conduite et de moral « chiantes » (y a que Molière qui passe très bien à mes yeux… Quoique le Misanthrope… BREF) et qui considèrent que les Hommes doivent se comportent de façon admirable et noble (le suicide de Phèdre, j’l’ai encore là), Madame de la Fayette et sa clique de précieuses, c’est pour moi de la bonne grosse masturbation intellectuelle.
    Après remettons les choses dans son contexte, c’est vrai, on est au balbutiement du roman et c’est très bien qu’une femme écrivaine de cette époque ait réussi à arriver jusqu’à nous. Mais c’est tout.

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