Icare

C’est toujours une grande joie et une grande responsabilité quand un auteur ou une autrice vous confie son roman. Encore plus quand vous l’avez aimé et qu’il faut trouver des mots à la hauteur… Un grand merci à Corentine Rebaudet (qui tient le joli blog Un fil à la page) qui m’a permis de découvrir son premier roman, L’arrondi silencieux, pubilé chez les éditions Balland.

Alors que le nouveau millénaire approche, c’est le décès d’une mère, Edith, qui réunit trois enfants, tous nés de pères différents. Jérôme vit dans un squat, dans un chaos de drogues et d’alcool où seule la peinture semble pouvoir faire poindre une lueur d’espoir. La douce Ophélie sait qu’elle ferait un excellent médecin, mais on la trouve trop sensible. A la maison, elle est la proie d’un compagnon violent et manipulateur. Et puis il y a la toute première de la fratrie, Gabrielle, aux prises avec une grossesse qu’elle n’attendait pas. C’est elle qui, à partir d’une simple lettre laissée par l’infirmière sur laquelle est écrit un mystérieux prénom, va partir sur les traces de cette mère fugitive, fantasque et secrète qui leur a tous laissé une marque douloureuse.

Il suffit de lire le prologue de ce roman pour se faire une petite idée de ce qui nous attend, et en même temps, je n’ai cessé d’être surprise par le mélange d’audace brute et d’infinie délicatesse qui le caractérise. C’est vraiment ce qui m’a frappée, cette façon qu’à l’autrice de nous bousculer d’un côté et de nous envelopper de douceur de l’autre.

Je suis une chic fille, comme Sandra Dee, aussi vais-je vous en dire plus. Edith, qui ouvre et clôt l’histoire et qui ne cesse de la hanter, était une mère compliquée. Ses trois enfants retiennent d’elle des images distinctes mais tous ont souffert du manque, de l’absence, de son extravagance, de ce qu’elle disait ou de ce qu’elle taisait. A présent qu’elle n’est plus là, le frère et les sœurs se retrouvent, mais comment tisser des liens autour de souvenirs personnels si douloureux ?

En nous faisant suivre le parcours de ces trois personnages, qui vont se chercher, se fuir, et parfois se retrouver, Corentine Rebaudet tisse un roman très subtil sur la maternité, dans ce qu’elle a de plus compliqué, de plus inavouable, de plus sincère aussi. Si les chapitres dévolus à Ophélie sont les plus intenses, j’ai été particulièrement touchée par le personnage de Gabrielle pour qui il est si peu évident d’être mère, même si sa petite retraite en campagne comporte parfois quelques longueurs. Derrière cette quête autour de la figure maternelle, on sait qu’un secret se dévoile petit à petit sous nos yeux, un secret terrible qui pourrait cependant réparer chaque tiers de cette fratrie perdue.

C’est vraiment bien écrit, plein d’audace (je l’ai déjà dit mais j’adore les premiers romans et celui-ci en est encore la preuve) et de symbolisme (le double, la naissance, la mort, le vide, le cycle…), mon pêché mignon (en plus des olives et de l’odeur du caoutchouc). On savoure les mots, on ne cesse d’être surpris parce que rien n’est convenu et on a souvent le cœur serré… Une nouvelle plume précieuse à suivre.

 

Corentine Rebaudet, L’arrondi silencieux, Balland

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5 réflexions sur “Icare

  1. Pingback: Un fil à la page - Le blog littéraire de Corentine Rebaudet

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