« Le songe de la raison engendre des monstres. »

Ca fait du bien parfois d’ouvrir un court roman quand on a tendance à enchainer les pavés de type briquesque. Le Songe de Goya d’Aurore Guitry et ses cent cinquante pages m’ont accompagné pendant deux petites heures assez hallucinantes. Amateurs et amatrices d’art du XVIIIe ou amis noobs de l’art (coucou c’est moi), cette chronique et ce livre sont pour vous. Un grand merci aux éditions Belfond pour cette lecture !

Nous sommes en 1792, à Séville. L’illustre peintre du roi Francisco José de Goya y Lucientes est en pleine hallu fiévreuse causée par le saturnisme. Tout à coup, il n’est plus allité chez son ami mais transporté dans un étrange village qui porte le nom de Mallos. Mal en point, il est atterrit dans la maison d’une vieille femme, Rosario, avec sa chatte Loca. La gardienne recueille les voyageurs égarés et lorsqu’elle parvient à les guérir, ils peuvent rentrer chez eux. Mais les morts qui errent à l’extérieur la nuit n’aspirent qu’à accueillir un nouveau compagnon…

Dans ce roman, Aurore Guitry imagine ce qui a pu se passer dans la tête du peintre alors qu’il souffrait effectivement de fortes fièvres qui lui souffleront l’inspiration quelques temps plus tard pour Les Caprices, ses célèbres oeuvres de caricature satirique. Une grande partie de ce roman consiste donc en un bon gros trip bien fucké, voyage onirique et pictural du grand maitre espagnol.

Alors soyons clairs, je pense qu’il y a plusieurs niveaux de lecture suivant notre connaissance ou non de l’oeuvre de Goya. Un tas de références me sont forcément passées sous le nez puisque la plupart des personnages que l’on croise sortent tout droit de ses tableaux ou sont inspirés de personnes qu’il a côtoyées. Evidemment, on passe à côté d’une certaine expérience que goûteront certainement les amateur.ices d’art mais en refermant ce livre, j’ai tout de suite eu envie de me ruer sur la page Wikipedia du gaillard pour en savoir plus sur les sombres dingueries sorties de son ciboulot, aussi c’est une lecture qui peut également faire office de porte d’entrée.

Une drôle de porte d’entrée hein ! J’ai beaucoup aimé l’ambiance de ce petit village paumé dans l’Aragon, parodie de purgatoire où les habitants, morts ou vifs, en tiennent tous une sacrée couche. D’abord cloué au lit dans la maison de la gardienne Rosario, l’unique lanterne dans l’obscurité, Goya va peu à peu s’hasarder au dehors et rentrer dans d’autres cahutes aux noms énigmatiques pour faire la connaissance de ces drôles d’énergumènes.

Et on en vient à ce que j’ai préféré : LE STYLE. Vous savez que je suis ultra faible dès que la langue se teinte de gouaille… Fidèle à la caricature et aux personnages grotesques du songe de Goya, la plume d’Aurore Guitry est pleine d’humour. J’ai carrément adhéré à ce ton à la fois paillard et inquiétant qui nous immerge aussi bien dans la réalité historique que dans le surréalisme du rêve.

Je ne suis pas ressortie de ma lecture avec l’impression d’avoir lue une histoire conventionnelle avec un début, un milieu et une fin, mais c’est bien l’atmosphère unique de ce roman qui m’a collé à la peau un petit moment…

 

Aurore Guitry, Le Songe de Goya, Belfond 

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