La fugue dissociative

Ce mois-ci pour le HMSFFF spécial « post-apo », j’ai opté pour un roman américain qui me faisait envie depuis Mathusalem, Dans la forêt de Jean Hegland. De la SF qui se mêle à la littérature blanche, du nature writing et une histoire de femmes… SAFAYENVIQUOI.

Aujourd’hui c’est Noël, mais la fête a un goût amer pour Nell et Eva, deux adolescentes isolées dans leur maison au coeur de la forêt. Depuis qu’elles ont perdu leurs parents et qu’il n’y a plus d’électricité, résultat d’un effondrement global de la société, elles sont contraintes de se débrouiller pour survivre, entre le rationnement, l’apprentissage d’un autre mode de vie et la poursuite de rêves qui semblent déjà appartenir à un autre âge.

Loin des sensationnelles fins de monde à base de virus créateurs de zombies assoiffés de cerveaux et autres catastrophes naturelles sponsorisées par Michael Bay, le postulat de Jean Hegland dans cette histoire est au contraire ultra-réaliste : les hommes et les femmes ont finalement épuisé les ressources énergétiques de la planète. Plus de jus, plus d’essence, plus de Netflix. Dans les villes les magasins ont été pillés, une bonne partie de la population décimée par des maladies banales fautes de soins appropriés… Maintenant va falloir se démerder avec ce qu’on a (pas).

Déjà éloignées de la civilisation, Nell et Eva se sentent particulièrement vulnérables. Pourtant, cette forêt dont elles s’étaient tant protégées avec l’âge, confinées dans le confort de la maison, va peu à peu se muer en une source incroyable de richesses.

Assez contemplatif, ce roman nous plonge au coeur de la survie discrète de deux jeunes filles pleines de ressources, tiraillées entre l’espoir d’un « retour à la normale » et le besoin de réapprendre à vivre. J’ai pris beaucoup de plaisir à me plonger dans ce cocon de verdure hors de la civilisation, surtout parce que Jean Hegland aborde le moindre détail de la survie comme la relation entre ces deux soeurs avec beaucoup de sensualité. Les amoureux-ses de nature-writing apprécieront particulièrement ce cadre enchanté mais toujours menacé par la peur, puis, par ce qui était supposé rassurer…

#TuLeSensCetHumus

Ceci dit, tous les échos que j’avais eu de ce roman ont je crois contribué à mes HIGH EXPECTATIONS, et de ce point de vue, je ne peux pas dire non plus que j’ai eu un vrai coup de coeur pour cette histoire… Quelques poncifs de la littérature de survie (que je ne vais pas révéler, puisque ce sont les rares grosses péripéties du scénar), ce rythme bien lent qui m’a quand même fait décrocher plusieurs fois et le manque de contexte (même si le propos n’est pas là, j’ai toujours du mal avec ça) m’ont empêchée de rallier la communauté fan de ce roman.

En dépit de ces petites réserves, c’est une lecture que je conseille, en particulier pour l’idée assez brillante de la fugue dissociative qui sert de charpente au récit, mais aussi parce que c’est un roman de SF réaliste susceptible de plaire à un public très large, hors amateurs du genre. C’est même pour ça que mon Charmant Petit Monstre tenait à le glisser dans la sélection d’août du HMSFFF !

 

Jean Hegland, Dans la forêt, Gallmeister 

5 réflexions sur “La fugue dissociative

  1. Je me dis en lisant ton avis que je dois devenir de plus en plus fan du contemplatif, genre la nana chiante qui ne veut voir que des trucs japonais de 4h au cinéma où l’acmé réside dans le pet d’une mouche (ce n’est pas encore le cas à CE POINT, dieu merci).
    Sinon, je comprends que ça puisse un poil rebuter cette façon d’écrire et j’aime beaucoup ton avis pour pointer les petits détails « meh » que les enthousiastes auraient oublier de dire (ou de voir). Mais perso, je crois que j’ai vécu cette fugue dissociative en un sens pendant ma lecture, j’étais archi fan des moments « jardinage » ou comment on fait pour manger quand on a plus Carrefour. Par exemple.

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    • Ah mais en plus moi aussi, les tuto potager étrangement ca m’a carrément botté ! C’est plus la lenteur de première moitié je dirais, dans les flashbacks surtout, disons que jai eu méga peur de pas entrer dedans et y avait des moments où je décrochais complètement mais tous les passages de FORET, en fait j’ai bien kiffé…

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  2. Je prends enfin le temps de lire ta chronique maintenant que ma propre chronique est planifiée pour mercredi (je voulais pas que tu m’influences, vilaine!!) aha

    Alors déjà :
    1 – Tu es la queen du résumé.
    Voilà, c’est dit. Ce résumé est nicHEL comme on dit !

    Je pense que je suis une petite mamy qui aime la lenteur aussi, diantre !
    La première partie je l’ai trouvé bien construite (bon, le procédé de l’encyclopédie est un peu gros sabot au début mais finalement c’est plutôt bien foutu, je trouve!) et j’ai adoré découvrir leur passé et m’imaginer Nell se plongeant dans ce genre de souvenirs alors qu’elle est au fond d’une cahute qui est en train de partir en (pirouette) cacahuète.
    Genre le père c’était MA VIE, le mec était génial, j’ai vraiment eu ce sentiment que tu as quand on te parle dune vraie personne que tu as pas connu, ce truc de « aaaah, j’aurais tellement aimé le connaître » et à son décès j’étais autant en PLS qu’elles aha

    Mais en vrai là où on se rejoint tous, je pense, c’est pour dire à quel point ce récit est sensuel, au premier sens du terme (mais pas que, winky winky). C’est complètement ouf cette capacité à nous faire ressentir l’humidité de l’air, l’odeur de la terre, le vent froid, toussa toussa ! Perso ça m’a porté de ouf *0*

    Après c’est vrai qu’j’pense qu’il faut être dans la bonne ambiance pour le lire. J’suis persuadé que si je l’avais lu à un autre moment j’aurais pu avoir un avis tout à fait opposé et trouver ça trop mou mais il m’est tombé sur le coin de la tronche au bon moment je pense !

    Merci QUIIIIIII ????? MERCI LE HOLD MY S.F.F.FFFFFFFF !!! ♥

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    • J’adore les retours sur ce roman en ce moment et nos discussions parce qu’au fond ils nous a tout.e.s mis.es d’accord, mais simplement à des niveaux différents.

      Et cest très vrai ce truc des sens, odorat, goût et j’en passe.. cest un truc que j’adore en littérature et que javais pas forcément hyper bien souligné dans ma chronique mais je suis tellement d’accord !

      Merci pour le coup des résumés, en vrai je galère beaucoup beaucoup pour les faire et la plupart du temps je me demande pourquoi je ne garde pas les 4e de couv qui sont souvent mieux faites mais jaime bien me réapproprier la présentation des bouquins que je lis. 😊

      Et ouais mine de rien ce petit #hmsfff il nous fait découvrir des pépites depuis juin hein… (NAN ON SE JETTE PAS DES FLEURS)

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      • Plus j’en parle et plus j’ai envie de le relire (oui, déjà!!) et puis j’ai envie de publier ma chronique tout de suite maintenant là, demain c’est trop loinG : »(

        Oui je comprends, des fois j’essaye de faire l’effort de rerésumer, surtout quand je trouve le résumé original pas fidèle à l’oeuvre, spoilant ou nul mais là j’ai fais ma feignasse! En vrai c’est chouette parce que ça dit déjà quelque chose de la façon dont tu as lues cette histoire et ce que tu en as retenu, c’est un exercice sympa pour se remettre dans le bain avant de se lancer dans le vif du sujet d’ladite chronique aha

        Vous pouvez vous jeter des fleurs, c’est au poil ce challenge! Et en plus y a le PAC qui vient de faire son arrivée et je sens que je vais mixer les deux pour me faire plais aha

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