Wuthering Heights

Je viens de cocher une nouvelle case dans la to-do list, ou plutôt la reading-list, « Engloutir les 555 pages des Hauts de Hurlevent de Miss Emily Brontë« . Et c’est marrant de découvrir un méga grand classique sur le tard, parce qu’il est rare de ne jamais avoir entendu parler de tel ou tel personnage, de telle ou telle scène… Avant d’ouvrir le bouquin, par exemple, j’imaginais un peu Heathcliff et Catherine comme un couple goal. Aujourd’hui, le moi du présent a comme qui dirait envie de lancer une oeillade méprisante au moi du passé assortie de la réplique « Il faut laisser pleurer un nourrisson quand il va au lit, sinon on sacralise trop son coucher. » parce que ça sonne quand même vachement bien.

Déjà Les Hauts de Hurlevent, c’est UNE BARAQUE. Il faut le savoir. Perdue au sommet de landes venteuses et tristes comme la pluie, cette demeure est au coeur de l’histoire qui va nous être racontée, de bien des façons. Tout commence avec l’arrivée d’un nouveau locataire de la ferme voisine, dont le propriétaire habite les Hauts. Mr Lockwood, qui est aussi le narrateur principal, vient NAÏVEMENT faire connaissance avec le type en question et le gaillard a l’audace de s’attendre a minima à un bon petit gueuleton au coin du feu pour l’année de loyer qu’il s’apprête à verser.

ERREUR FATALE MON GARS.

L’ambiance de l’accueil est plutôt de type prison fédérale ou pot de départ de Severus Rogue. Le maitre des lieux, un certain M. Heathcliff, retient à peine ses chiens et on peut raisonnablement dire qu’il parle mal. Quant aux autres, un grand bourru du nom d’Hareton, Joseph, un vieux serviteur cul-béni et Catherine, la belle-fille du proprio qui lui taperait bien dans l’oeil si elle daignait lui adresser un regard, disons qu’ils ne relèvent guère la note sur tripadvisor.

Bien refroidi (c’est le cas de le dire, le mec a littéralement chopé la crève) et de retour dans son nouveau chez-lui, Lockwood ne peut s’empêcher d’être un brin intrigué. Quel espèce d’air malsain flotte autour des Hauts ? QUI A VAPORISE DU FEBREZE SENTEUR « ENFER ET DAMNATION » DANS TOUTE LA PIAULE ?

Lorsqu’il se met à questionner la domestique qui lui a été cédée avec les murs (package exclusif), Nelly Dean, il n’imagine pas à quel point la brave femme est intime avec les générations d’hurluberlus qui ont habité la maison. A son chevet, Nelly va tout lui raconter. Comment le propriétaire historique des lieux, M. Earnshaw, vivait en paix avec ses deux enfants, Catherine et Hindley, jusqu’au jour où son chemin croisa celui d’un jeune orphelin sorti de nulle part. Parce qu’il a un coeur, papa ramène le gosse à la maison et le baptise Heathcliff (est-ce un prénom, est-ce un nom, on ne sait pas, c’est comme Dracaufeu ou Michou). Et c’est le début de la fin, clairement.

Tandis que la jeune Catherine s’entiche sérieusement de son nouveau frère en même temps qu’elle devient la plus grande championne du caprice et du chantage affectif à quatre lieues à la ronde (vous me direz, facile, y a pas foule dans le coin, mais croyez-moi, on a fréquemment envie de la jeter dans les ronces), l’autre charmant petit héritier, Hindley, se prend de passion pour la violence gratuite sur H. Des amours. Tous et toutes.

Sauf qu’Heathcliff ne restera pas longtemps un frêle petit bonhomme un peu sauvage et patient. Dans son coeur desséché, le gosse a forgé un désir de vengeance qui n’aura d’égal que la passion gentiment incestueuse qu’il nourrit pour Catherine. C’est le départ, l’absence, et le retour d’un homme démoniaque que nous raconte Nelly (à ce stade, j’avais l’impression d’être affalée sur le lit de Lockwood en poussant des « Naaaann… » « Han mais sérieux… » tout en lui volant ses Actifed nuit et sa tisane verveine.), un homme qui a fait fortune on-ne-sait-comment et qui revient damner la baraque et tout.es celleux qu’elle abrite.

VOILAAAAAAAAA.

Rien à voir avec le truc romantique ou sirupeux que je m’étais imaginé. L’histoire est très, très sombre, et Emily Brontë n’épargne aucun de ses personnages, tous plus détestables les uns que les autres. C’est aussi, j’imagine, ce qui en fait un roman unique surtout à l’égard de l’époque où il a été écrit. (Quand on se penche deux secondes sur l’histoire tragique de l’autrice, sa vie recluse et sa mort précoce, on saisit mieux l’ambiance générale…)

Difficile pour moi de voir une belle histoire d’amour entre Heathcliff le détraqué et Catherine l’insupportable. Une passion et une obsession mutuelles sordides conduisant à la destruction de l’ensemble de leurs descendances respectives oui. Rien qui ne fasse rêver en tous cas et… pourquoi pas ? Mais j’avoue que n’avoir absolument aucun personnage auquel rattacher son empathie (Même la conciliante Nelly a ses bons quart d’heure de saloperie.), être constamment enfermé.e dans cette noirceur oppressante, c’est pas easy easy…

En revanche, un point sur lequel je n’ai pas été déçue, c’est bien le style. C’est vraiment bien écrit/traduit et j’ai retrouvé ce plaisir délicieux qu’on a à lire des pages et des pages de phrases pas tournées avec le dos de la cuillère.

Genre ma citation pref :

« Après avoir rasé mon palais, n’érigez pas une cahute et n’admirez pas complaisamment votre propre charité en me la donnant pour demeure. »

En plus, le procédé des récits poupées-russes fonctionne particulièrement bien, renforce la légende noire. C’est un roman que j’ai lu dans le cadre du #HMSFFF challenge. A priori, comme ça, on se dit qu’Emily Brontë fait pas dans les littératures de l’imaginaire mais le personnage d’Heathcliff à lui-seul pourrait concourir dans les plus belles figures fantastiques démoniaques. Venu d’on-ne-sait-où, l’homme a aussi fait fortune sans qu’on sache comment, very pacte avec the devil, et la terreur que sa seule présence inspire semble peu naturelle. La thématique du revenant et de la folie est prégnante dans l’évolution de sa psychologie et finit par hanter peu à peu tous les protagonistes… Ça, c’était ma belle surprise perso.

On en ressort étrange donc, avec la sensation d’avoir lu quelque chose de sombre et de singulier mais d’un peu trop déprimant aussi. Et c’est une fan de landes venteuses et de pierres grises humides qui vous parle… Peut-être que j’aurais dû rester dans la team Jane Austen hein.

Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent, Hugo poche

10 réflexions sur “Wuthering Heights

  1. Pingback: C’est le premier, j’balance tout #15 (mar.20) – Alberte Bly

  2. Moi non plus, je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi déprimant, on m’avait vendu ce livre comme une histoire d’amour passionnelle. J’ai plus détesté les personnages que ressenti l’amour l’un pour l’autre mais j’ai adoré 😄 Le style m’a conquis et je me suis laissée complètement embarquée dans le récit de Nelly même s’il faut être bien accrochee et pas en déprime pendant cette lecture.

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  3. Ce livre est dans ma PAL depuis le Pumpkin Autumn Challenge au cours duquel je n’ai malheureusement pas eu le temps de le lire 😦 je crois que la vue de la briquette qu’est ce que bouquin me faisait peut-être un peu flipper aussi 😀
    Bon toujours est-il que ça fait plaisir de lire une chronique récente dessus, ça me motive à l’ouvrir prochainement 😉 même si le côté déprimant que tu évoques me traumatise presque je l’avoue 😀

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    • Oui ça peut facilement décourager ! Si le confinement n’est pas trop difficile pour toi en ce moment, ça peut être une chouette lecture mais attention au ton quand meme bien déprimant, perso en ce moment je me focalise sur des lectures plus légères j’avoue ! 😉❤

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      • Je suis d’accord avec toi, en ce moment je suis sur du soft polar (Agatha Raisin) et j’essaye de ne pas trop alourdir l’ambiance ahah ! Peut-être me le réserver pour l’automne prochain histoire de frissonner un peu 🙂

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