Sub rosa

« JOUIR ». Cinq lettres capitales qui s’étalent en rouge vermillon histoire qu’on ne passe plus à côté. Moi je n’ai pas pu, surtout quand on sait que cet essai de l’autrice et journaliste canadienne Sarah Barmak sur l’orgasme féminin est édité dans la même collection que l’excellentissime Sorcières de Mona Chollet (souvenez-vous du fangirlisme par ici). Du coup, ce dimanche, on va causer explosions, bigbangs à l’intérieur et autres « petites morts » dans la chambre à coucher ou sur toute autre surface de type planesque et non contondante, mais à la sauce féministe et aventurière avec Sarah Barmak !

Avec cet essai (brillamment préfacé par Maïa Mazaurette), Sarah Barmak défonce une à une toutes les contre-vérités, les injonctions contradictoires et les silences complexés autour de la sexualité féminine, en commençant par des chiffres et des faits : non, toutes les femmes ne sont pas sexuellement épanouies telles des Venus sortant de leur Saint-Jacques. C’est même plutôt le contraire puisque selon plusieurs études, moins de 60% des femmes hétéro atteignent régulièrement l’orgasme lors de leurs rapports sexuels alors que 90% des hommes l’atteignent tout le temps ou presque. Et ce n’est qu’un seul chiffre sur les études sur l’insatisfaction sexuelle des femmes qui est autrement plus complexe, douloureuse  et… ouais, assez déprimante.

Ce constat, il ne sort pas de nulle part comme nous l’explique l’autrice. Il se nourrit de tous ces mythes, de toutes ces histoires largement construites et relayées par nos sociétés patriarcales autour DU MYSTERE DU PLAISIR FEMININ. *musique envoutante et mystérieuse* Pour résumer, le plaisir masculin serait purement mécanique, rien que des rouages à huiler et un petit controle technique tous les deux ans (bonjour la complexité de l’âme humaine, s’agirait de pas avoir la vexation facile) alors que les femmes, ces créatures insaisissables et obscures, demeureront à jamais une énigme et c’est bien pour cette raison que ça ne marche pas à tous les coups et après tout qu’est-ce qu’elles s’en foutent, ça les a jamais vraiment intéressées si ?

Désinformation, secret, culpabilisation… Ecartelées entre les exigences de la performance dans tous les domaines, y compris sexuel, et le sentiment de honte qui a toujours été associé aux femmes en la matière, celles qui ne parviennent pas à être des déesses du sexe, celles qui ont mal, celles qui voudraient ressentir mais qui n’y parviennent pas, celles qui veulent autre chose, celles que ça fatigue, celles qui ont été blessées se sentent encore plus isolées et tristes.

Pourquoi est-ce que j’ai ADORÉ cet essai ? Parce qu’il est ultra libérateur. Sarah Barmak dit deux choses : d’abord, vous êtes toutes normales ou alors « normale » ne veut rien dire et ensuite vous n’êtes pas des petites fleurs délicates dont le secret ne sera jamais effleuré, vous êtes des femmes et comme les hommes, vous êtes outillées pour le plaisir, tout ce qui vous reste à faire, c’est vous retrousser les manches et récupérer un savoir qui vous a été volé.

« … cette ignorance nourrit la croyance selon laquelle la sexualité féminine serait mystérieuse, sinon carrément opaque. Que veulent les femmes ? Ça, personne ne le sait, pas même les femmes elles-mêmes ! Peut-être faut-il en fait aborder la sexualité féminine comme un domaine qui s’apprend, se cultive, et dans lequel on s’améliore grâce à nos connaissances – comme la cuisine ou le jardinage. Le plaisir féminin est-il vraiment beaucoup plus compliqué que le mode d’emploi de votre iPad ou votre déclaration d’impôts ? Le problème ne viendrait-il pas plutôt du fait que nous ayons ignoré la profusion de connaissances accumulées sur le corps des femmes au fil des siècles, pour pouvoir mieux prétendre ensuite, comme l’a fait Freud en son temps, que nous ne savons pas ce que veulent les femmes ? »

Sarah Barmak a rencontré pleins de femmes, toutes des femmes « normales » avec des parcours de vie très différents qui veulent se réapproprier leur corps et leur sexualité. (Et elle n’oublie pas de rappeler que son point de vue est celui d’une femme blanche occidentale). J’ai été touchée, et j’ai aussi appris un tas de choses, anatomiquement, historiquement et sociologiquement parlant, en particulier dans les trois premiers grands chapitres de cet essai. Le quatrième chapitre « Jouer » consacré aux nouvelles formes de réinvention de la sexualité féminine très influencées par le féminisme new age (et des modèles économiques ultra capitalistes et hétéronormés) m’a un peu plus laissée au bord de la route, j’avoue.

Mais surtout, ce qui m’a parlé, c’est cette nécessité de mettre des mots #CLITORISSAUVAGE, de libérer la parole autour d’expériences devenues douloureuses alors qu’on parle quand même de plaisir, de sexe, de partage, d’amour (même si pas toujours !), de confiance et d’abandon. Et d’arrêter de balayer du revers de la main un sujet « frivole » dès lors qu’on parle des femmes tandis que la médecine s’est très tôt échinée à trouver un remède aux problèmes des hommes. Relire cette phrase de Jane Devereaux et penser à toutes les autres grandes questions féministes que la quête du plaisir féminin suppose : « La chambre à coucher est l’ultime frontière de la justice sociale. »

Bref, coeur et clito sur ce livre.

Sarah Barmak, Jouir, en quête de l’orgasme féminin, Editions de la Découverte (Zones)

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