“To the well-organized mind, death is but the next great adventure.”

Quand j’étais gosse, j’ai lu Carrie et ça restera l’un de mes souvenirs de lectures les plus puissants de tous les temps. En y repensant, je me suis demandée si c’était parce que j’étais seulement au collège et peut-être donc bien impressionnable mais je viens de lire Simetierre et l’adulte condescendante a été priée de shut the fuck up. Mon moi de 13 ans avait juste succombé à la magie noire de Stephen King. Je peux avoir du mal à me souvenir d’un bouquin lu il y a à peine deux semaines mais je pourrais presque restituer sur-le-champ les émotions que certains passages m’ont fait ressentir. Dingue. Définition de : POUVOIR DE LA LITTERATURE. Et bizarrement, j’en ai jamais rouvert un seul depuis. C’est vrai que c’est pas comme si il y avait pourtant le choix dans la petite cinquantaine de bouquins qu’il a écrits. Peut-être bien la peur d’être déçue.

Mais je suis passée au-dessus avec Simetierre qu’on m’avait décrit comme le plus terrifiant de ses romans. Je ne sais pas si je l’ai trouvé « terrifiant » mais alors putain de dérangeant, ça, c’est clair. Et brillant et subtil aussi. Mais je vais peut-être entrer dans le vif du sujet avant de partager mon fangirling.

Tout commence avec l’emménagement des Creed à Ludlow, une petite ville bien paumée du… MAINE (surprise). Louis, jeune médecin qui a accepté un poste sur un campus universitaire non loin de là, présente avec un peu d’anxiété à sa famille la maison de rêve qu’il leur a choisie. Toute proche d’une forêt, il y a tant de terrain qu’il ne saurait déterminer la véritable limite de leur propriété. Rachel, sa femme, est conquise, tout comme les enfants, Ellie et Gage, et même le chat, baptisé Winston Churchill, « Church », par leur ainée. Dès leur arrivée, ils sont accueillis chaleureusement par leurs voisins les plus proches, un petit couple de retraités. Life is sweet à la campagne quoi.

Les rapports entre les Creed et les Crandall deviennent vite très amicaux et Louis apprécie particulièrement la compagnie du vieux Jud qui a toujours vécu là et connait les environs comme sa poche. Un jour, il décide de les emmener en balade dans la forêt pour découvrir la petite attraction du coin. Un cimetière d’animaux familiers. Sur la pancarte, il est écrit « Simetierre », une faute d’orthographe qu’on attribue aux gosses qui se sont toujours occupés de cet endroit. Il y a un je-ne-sais-quoi d’un peu perturbant dans ce lieu surplombé d’une immense barrière de troncs et de branchages enchevêtrés. Et puis Jud les prévient. Il ne faut pas traverser la barrière, au-delà, il y a des terres indiennes ancestrales pour lesquelles des hommes se battent encore dans les tribunaux avec son lot d’histoires troubles. Ça jette comme un froid.

La petite escapade laisse des traces. Ellie est perturbée et pose des questions d’enfants auxquelles les adultes n’ont pas toujours envie de répondre. Et le temps passe jusqu’à ce qu’un instant terrible suffise pour transformer la vie paisible des Creed en un cauchemar sans issue.

Ambiance, hein.

De base, il y a tout, absolument tout pour faire flipper dans cette histoire. De la baraque un peu isolée, de la forêt dont on voit pas le bout, du cimetière d’animaux et du vieux gentil mais un peu chelou quand même (ont se croirait presque dans une histoire racontée par Perceval). Le roman fait un peu plus de 600 pages et Stephen King prend tout son temps pour développer ses personnages mais aussi et surtout pour poser sa petite ambiance qui va monter crescendo dans le malaise.

Parce que c’est bien la mort dont il est question dans ce roman, de son impossible intellectualisation, de la terreur qu’elle nous inspire, de son déni, de la façon dont on tente de s’en protéger par tous les moyens tout en ayant une sourde conscience de son inéluctabilité. J’ai adoré le traitement qu’en fait l’auteur, notamment à travers l’opposition des points de vue de Louis et de Rachel avec un inversement subtil des valeurs à mesure qu’on s’enfonce dans la noirceur. Alors Stephen King a quand même pas peur d’aller très loin (âmes sensibles s’abstenir c’est vous qui savez), j’ai d’ailleurs vu ensuite l’adaptation tout en me demandant comment ils allaient restituer un truc pareil à l’écran et si le film ne vaut pas le roman, je reconnais qu’ils ont quand même assuré.

Mais ce qui est certain c’est que c’est d’une fluidité incroyable. Les six cent pages avaient l’air d’en faire douze (je suis jamais dans l’exagération). Si vous êtes branché.es fantastique, horreur, et que vous êtes en pleine panne de lecture, mais ouvrez cette pavasse, ça a été radical pour moi. Je le répéterai jamais assez mais quel plaisir de tomber sur un livre qu’on n’arrive plus à refermer.

« Quand on projette un film d’horreur, les spectateurs savent bien que le héros ou l’héroÏne sont complètement cons de monter cet escalier, mais dans la vraie vie ils adoptent exactement le même comportement : ils fument, ils n’attachent pas leur ceinture de sécurité, ils emménagent avec leur petite famille dans une maison située au bord d’une route sur laquelle d’énormes mastodontes d’acier défilent nuit et jour en grondant. »

Mon crush pour King (Carrie demeure indépassable) s’est confirmé et là le bonheur c’est de savoir qu’une biblio longue comme le bras de Monsieur Chatouille m’attend.

Stephen King, Simetierre, Le livre de poche

 

10 réflexions sur ““To the well-organized mind, death is but the next great adventure.”

  1. Je me souviens avoir été un fan absolu de Stephan King dans la jeunesse. Les tomminockers, je crois que cela s’écrie comme ça, Génial et Misery… enfin tous. Même Christine qui est pourtant une histoire absurde d’une voiture hantée ! Tout est dans l’ambiance, le choix des mots. Enfin merci. J’adore votre bulletin. C’est exactement ça. Il n’y a pas de doute pour moi… Stephen King, c’est vraiment un auteur à la plume extraordinaire ! Merci pour ce post.
    Florence Cabre

    Aimé par 1 personne

    • C’est ça, incroyable comme il arrive à poser des atmosphères pesantes… et puis bon passer par le fantastique pour parler d’un réel sur lequel on n’arrive pas à mettre des mots c’est un peu ma passion. Merci pour le commentaire ! ❤

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  2. J’ai lu une dizaine de ses livres mais Simetierre n’en fait pas encore parti. J’en ai toujours entendu du bien et ton avis ne fait que conforter mon choix de le découvrir prochainement. J’adore toujours la manière avec laquelle Stephen King nous pousse dans ses univers sombres, souvent surnaturels et encore plus souvent dérangeants.

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  3. MAIS…. Y a un complot organisé pour me faire lire Stephen King? Après l’article de l’Ourse Bibliophile, te voila qui parle trop bien :
    1) De Carrie « un de tes souvenirs de lectures les plus puissants de tous les temps », je suis HYPEE ! (Surtout que j’adore l’adaptation!)
    2) De Simeterre….Bah oui, quand meme, c’est le but de cette chronique!

    Je ressens aussi cette appréhension de relire un livre qui nous a marqué, qui était vraiment sur un piedestal dans nos tetes pour finalement le trouver nul. Ca gacherait tout non? aha

    Dans les Stephen King il y a TOUJOURS un vieux mystérieux… A croire qu’il s’est inspiré de Perceval :3
    PUTAIN, je te promets que j’ai écrit le commentaire précédent avant de lire ta remarque sur Perceval, on a les memes ref/synapses dysfonctionnelles, ca me rassure d’un coté x)

    Aimé par 1 personne

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