Barbares des montagnes

Joyeux Ray’s Day les enfants ! Aujourd’hui on célèbre la littérature, les heures plongées dans son bouquin en chaussettes sous la couette avec pour seule compagnie une bonne demi-douzaine de mugs remplis ras-la-gueule de caféine. (Comment ça, ça sent le vécu ?) Pour l’occasion, je vais vous parler de ma dernière découverte #RentréeLittéraire2015, Blasmusikpop de Vea Kaiser, un véritable OVNI.

Pour Johannes, Saint-Peter-sur-Anger, le petit village niché au coeur des alpes autrichiennes qui l’a vu naître, n’est rien d’autre qu’un trou perdu peuplé de barbares, totalement fermés à la civilisation et au savoir. Il rêve, comme son grand-père avant lui, de quitter ses racines pour s’offrir une éducation digne de ce nom. Mais le jeune garçon épris d’historiographie et amoureux des lettres classiques est obligé de retrouver le village lorsqu’il échoue au baccalauréat. Un village qui pourrait s’ouvrir au monde d’une façon tout à fait inattendue…

Ne vous fiez pas aux trompettes sur la couverture et au titre qui pourrait suggérer une toute autre histoire, s’il y a bien une fanfare à Saint-Peter-sur-Anger, la musique n’est pourtant pas au coeur de ce premier roman. Vea Kaiser nous plonge dans le quotidien hallucinant d’un village de montagne qui se complait dans son autarcie, oubliant le reste du monde (qui commence là où s’arrête la pancarte indiquant « Saint-Peter-sur-Anger ») au profit de traditions ancestrales, d’une pratique de la langue toute particulière et surtout d’un principe fondateur : « cé comme ça ». Avec un souci du détail génial et beaucoup d’humour, l’auteure nous livre un portrait complètement dingue d’une communauté repliée sur elle-même, en décalage d’une bonne trentaine d’année avec le monde extérieur.

Dans ce contexte, c’est d’abord Johannes le grand-père, qui, à la suite d’un ver solitaire, se prend de passion pour les parasites et finit par s’établir médecin au village. Absent lors de l’éducation de sa fille, « Docteur papy » compte bien se rattraper avec son petit-fils et lui transmettre son amour de la langue et des sciences. Nouvelle étrangeté dans la village, Johannes le petit-fils va s’extraire de son village, et devenir un « péteux » aux yeux de ses comparses. Tout l’intérêt du roman vient de la confrontation entre deux mondes : celui du village, immuable, où des traditions ancestrales et un savant dosage de consanguinité n’aident pas à l’intégration des originaux qui ne s’intéressent pas au football et qui ne fréquentent pas l’auberge et l’idéal de Johannes où rien ne compte plus que d’apprendre le latin et de citer Hérodote.

Comme d’autres, je salue vraiment le travail de la traductrice qui a retranscrit le patois des Saint-Pétruciens avec tellement de justesse… L’un des ressorts comiques majeurs de ce roman !

Avec intelligence et surtout une bienveillance constante, Ava Kaiser nous parle d’abord d’opposition, puis de réunion. Qu’est-ce qui vaut mieux au fond ? Fuir ou contribuer à l’ouverture du village sur le monde ? Johannes va découvrir qu’il ne connait peut-être pas vraiment tous ces gens auprès desquels il a pourtant toujours vécu. L’absurdité des traditions enracinées est pointée du doigt, mais jamais les individus. C’est un message extrêmement positif que véhicule ce roman original, drôle et intelligent. Un vrai bol d’air (pur de la montagne, aux relents de schnaps) que nous offre cette jeune auteure autrichienne.

Chronique disponible sur le site Decitre !

 

Vea Kaiser, Blasmusikpop, Presses de la cité.

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