Boulki

Si j’arrive à déloger le chat qui, pour une obscure et machiavélique raison, a décidé de se mettre entre l’ordinateur et l’humain, peut-être vais-je pouvoir vous parler de ma première jolie lecture de cette rentrée d’hiver… J’avais découvert la plume de Saïdeh Pakravan en 2016 avec La Trêve, qui m’avait beaucoup plu, aussi il me tardait de pouvoir mettre le nez dans son petit dernier, L’Emir. Je remercie les éditions Belfond pour ces heures de voyage depuis mon canapé.

Nous sommes à l’été 1990. Saddam Hussein s’apprête à envahir le Koweït. Le monde entier a les yeux braqué sur le Golfe persique et tous les journalistes seraient prêts à tuer pour obtenir l’interview du dictateur irakien qu’une obscure écrivaine a décrochée comme par magie. Virginie Page ne fera pourtant pas grand usage de la propagande qui lui sera servie pendant ce bref instant pour le livre de voyage sur les terres d’Islam qu’elle a prévu d’écrire. C’est une autre rencontre qui va changer sa vie. Khaled Hourani, émir de la petite principauté d’Osmanie réputé pour sa grande beauté, tient un discours si sincère lors de leur entrevue, qu’il la charme aussitôt. En dépit du danger, Virginie et Khaled, témoins privilégiés des grands bouleversements et des guerres meurtrières de cette fin de siècle, s’apprêtent à vivre une passion brulante.

Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il n’y a pas de chapitres dans ce joli pavé d’un peu moins de cinq cent pages, seulement deux grandes parties. Et moi, pour me faire lire un truc aussi dense, y a intérêt à ce que ça tienne la route ! Spoiler alert : ça tient la route et le coup des chapitres, tu l’oublies en deuxdeux.

D’abord, parce que le contexte est passionnant. De 1990 au début des années 2000, Saïdeh Pakravan dévoile la large fresque de la Guerre du Golfe, de l’intervention américaine au Moyen-Orient jusqu’à la guerre en Irak. J’étais encore gamine au moment des faits, et on a beau en entendre parler (superficiellement) dans les médias, en connaitre globalement les conséquences aujourd’hui, autant vous dire que j’ai appris un tas de trucs. Pas à pas, on suit le cheminement qui a changé l’ordre mondial, le jeu des alliances et l’escalade de la violence dans tous les camps.

Et ce joli morceau d’histoire passe crème, puisqu’il nous est raconté à travers la relation aussi singulière que passionnée que vont entretenir l’émir progressiste d’une petite principauté du Golfe, Khaled Hourani, et Virginie Page, écrivaine franco-américaine passionnée par la culture du Moyen-Orient. Partagé entre son devoir, le poids des traditions, de la religion, le conflit terrible qui s’amorce et sa volonté d’ouverture, Khaled va trouver en elle une confidente, une amie, une amante et un ailleurs. Saïdeh Pakravan nous plonge dans une histoire d’amour juste merveilleuse, toujours menacée par la grande Histoire. Tous deux ont de grandes discussions sur le clivage entre l’Orient et l’Occident, sur l’Islam, la poésie, la musique, la guerre, l’amour, la politique… C’est bien simple, j’avais l’impression d’être là aussi, comme une sorte de témoin invisible pendant ces longues nuits étouffantes et sensuelles à Bahr-el-Nour, à écouter des discussions passionnantes jusqu’au petit matin…

Le dernier tiers du roman perd un peu de son intensité à mon sens, on sent quelques longueurs, mais Saïdeh Pakravan ne m’a jamais perdue pour autant et j’ai vraiment vu venir les dernières pages avec regret tant je m’étais attachée à ce couple.

Si cette période cruciale de l’histoire vous intéresse et si vous avez envie de vous plonger dans une formidable histoire d’amour, je ne peux que vous conseiller de vous ruer tout de suite chez votre libraire chouchou…

 

Saïdeh Pakravan, L’Emir, Belfond

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