Rondua

C’est marrant, ce bouquin a décroché le Prix des Petits mots des libraires de la catégorie Imaginaire le jour même où j’ai décidé de manière totalement random de le sortir de ma bibliothèque. De là à dire que la magie existe ou que j’y suis un peu pour quelque chose, j’ai envie de dire qu’il n’y a qu’un pas. Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, je vous parle d’une très jolie petite bizarrerie, Os de lune de Jonathan Carroll, avec Familiar d’Agnes Obel dans les oreilles pour ne rien gâcher.

Cullen James est une jeune femme épanouie. Elle vit à New York, avec son mari et leur petite fille. Peu à peu, elle commence à faire des rêves étranges, où elle se retrouve projetée dans un monde surréaliste, Rondua. Avec une petite équipe d’aventuriers, formée d’un jeune garçon, Pepsi, et d’un chien géant, elle part à la recherche des Os de Lune, cinq os qui confèrent à leur maître un pouvoir sur le monde des rêves. Alors que s’engage dans ses rêves une lutte à distance avec un mystérieux ennemi, les journées de Cullen commencent à être contaminées de manière inquiétante par ses aventures oniriques. Elle comprend alors que ses rêves sont moins innocents qu’ils ne paraissent. (résumé éditeur)

Avec ce roman, j’ai encore découvert une nouvelle sous-branche de sous-branche de l’imaginaire, à savoir le réalisme magique qui mêle fantastique, merveilleux et ancrage dans le réel, et autant vous dire que je garde ça dans un coin de ma tête, parce que je suis pas contre creuser le sujet après un OVNI de ce genre. (Sauf erreur de ma part, au cinéma, c’est un peu voire carrément ce que fait Guillermo del Toro mon réalisateur préféré de tous les temps)

(coucou le faune qui te colle des cauchemars pendant six mois)

Ca n’a pas l’air étrange, au début. Jonathan Carroll nous happe aussitôt en nous plongeant dans la tête de Cullen, cette jeune femme qui après avoir connu une première grosse désillusion amoureuse et un avortement, trouve enfin le bonheur auprès de celui qui va devenir son mari et avec qui elle aura une adorable fillette. Ces premières pages qui brossent un portrait subtil du personnage central de Cullen et du chemin qui l’a menée jusqu’à ce paisible petit appartement new-yorkais ont pourtant déjà un je-ne-sais-quoi de magique et de très chaleureux. Je crois que j’aurais pu lire trois cent pages de discussion entre Cullen et Danny dans la cuisine sans me lasser.

Dans les premières années de leur vie de couple, Cullen et Danny partent s’installer en Italie et c’est là que débute la série de rêves de Cullen. Nuit après nuit, elle rêve du même monde imaginaire, Rondua, aux paysages fantastiques et peuplé d’animaux géants. En compagnie d’un petit garçon nommé Pepsi, d’un chien et d’un dromadaire aux dimensions improbables, Cullen s’embarque dans cette fameuse quête des Os de lune.

On a rarement évoqué le rêve avec autant de talent. Un mélange de fantasme, d’absurde, d’angoisses et une transposition éclatante de la réalité de l’inconscient comme un autre Carroll en très grande forme… En suivant les aventures nocturnes de Cullen et la foule de personnages incongrus aux discours cryptés qu’elle va rencontrer, vous aurez peut-être un sentiment extrêmement familier. (Je dis ça parce que c’est mon cas et que je prends toujours mon cas pour une généralité) On rêve la nuit d’un ami qu’on a pas revu depuis des années parce qu’on a vu une chose totalement anecdotique qui nous l’a rappelée plus tôt dans la journée. Et le fait qu’il ait quatre bras et qu’il chevauche une licorne pratiquant le krav-maga n’en est pas moins révélateur. Les frontières sont parfois facilement abolies. Voyez le délire ?

Alors je suis restée un peu sur ma faim concernant cette fameuse quête, que j’aurais voulue encore plus chargée en symbolisme, tant le reste l’est. Mais cet univers à la Alice au pays des merveilles, oscillant toujours entre imaginaire de gosse fabuleux et sourire du chat de Cheshire qui fait froid dans le dos vaut à lui seul son pesant d’or. Ca, et ce style sur lequel on a du mal à mettre des mots mais qui fait des merveilles.

Mon seul gros WTF ne sera pas pour le mec qui se fait appeler « Pouce brûlant » mais pour le nombre assez effarant de coquilles qu’on trouve dans cette réédition. Dommage parce que le boulot éditorial sur l’objet livre est canon sans cela.

 

Jonathan Carroll, Os de lune, Aux forges de Vulcain

2 réflexions sur “Rondua

  1. Oui, les coquilles sont nombreuses, c’est dommageable. Mais l’éditeur est un habitué des petites perles, on lui pardonne relativement facilement. Dernière en date : Super-Héros de troisième division de Charle Yu, parfait recueil pour un été rigolard. En tout cas, belle chronique.

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