Le Hawk

Avez-vous déjà lu (voix d’Alain Chabat) un « contre-western » ? C’est selon mon avis, qui n’est pas si humble (voix de Dumbledore), l’expression qui résume le mieux le merveilleux premier roman d’Hernan Diaz, Au loin. Un grand merci au #PicaboRiverBookClub, à Léa, ainsi qu’aux éditions Delcourt : vous avez inauguré ma rentrée littéraire américaine de la plus belle des façons.

XIXe siècle. Håkan n’est encore qu’un enfant lorsqu’il débarque par bateau aux Etats-Unis. Depuis sa Suède natale jusqu’à San Francisco, il a perdu la trace de son frère ainé, Linus. Ils étaient supposés gagner ensemble la ville emblématique de New-York, alors, c’est décidé, l’adolescent le retrouvera là-bas. Mais cet immense périple à contresens des pionniers le livre à la merci d’une Amérique sauvage et inhospitalière. Et quand ce ne sont pas les éléments qui tentent de le tuer, ce sont les hommes. Autant d’aventures et d’embuches qui forment peu à peu la légende du « Hawk »…

Un géant aux cheveux blancs s’extrait de la mer de glace qui a pris au piège la goélette L’Impeccable. Sous les yeux ébahis du reste de l’équipage, l’homme regagne le pont après son bain. On ne sait pas grand chose de ce curieux passager, sinon ce qu’en disent les légendes… Près d’un feu de camp improvisé, sous un impressionnant manteau fait de peaux d’animaux de toutes sortes, Håkan s’apprête à raconter son histoire, plus fantastique encore que les mensonges qu’on colporte depuis des années sur son compte.

Les premières pages donnent le ton : vous vous apprêtez à entrer dans une grande et belle histoire, dans un conte au coin du feu. Et ça, c’est un peu la définition numero uno de Rosy de la littérature.

(Un peu comme un bon épisode de Fais-moi peur, sans les clowns tueurs.)

Je parle de « contre-western » ou de « western à l’envers » pour évoquer cette histoire puisqu’on va suivre le parcours d’émigration de ce gosse de paysan suédois de l’Ouest vers l’Est des Etats-Unis, à l’époque de la Conquête de l’Ouest et de la Ruée vers l’Or. Håkan débarque à San Francisco. Il ne parle pas la langue et sans la présence de Linus, ce frère charismatique aux milles histoires, il se sent plus que jamais en terre étrangère.

Il faut à tout prix qu’il le retrouve à New-York et le pauvre bougre n’a aucune idée de l’immensité du chemin qu’il lui faudra parcourir, à pied, pour espérer y parvenir. Balloté par ce curieux pays infini, par la multitude de ses paysages, de ses déserts, de ses plaines, de sa chaleur écrasante, et par les caprices de ses hommes, encore si rares, qui peuplent les contrées de l’Ouest, Håkan va peu à peu s’y fondre, sans jamais s’y sentir chez lui. Processions de caravanes, criminels, indiens, scientifiques éclairés, émigrants de l’Est et de l’Europe croisent son chemin et façonnent petit à petit une spectaculaire et terrifiante légende qu’on se transmet d’un bout à l’autre du pays.

Hernan Diaz nous laisse volontairement dans le noir quant au temps qui s’écoule, quant à l’espace parcouru par son personnage, comme si ce gigantesque pays avait de toutes façons raison du moindre marqueur spatio-temporel. On ne comprend pas toujours ce qui se joue sous nos yeux au début, comme lui, et en cela l’auteur nous livre une formidable et subtile vision de ce que c’est, de débarquer dans un pays qui n’est pas le sien. Face à une nature écrasante, qui est-on, à quoi est-ce qu’on appartient ?

Et puis Au loin a satisfait à dix mille pourcent mon appétit de nature-writing. On souffre avec Håkan dans le désert, on respire dès qu’un brin de végétation fait son apparition, on survit littéralement en attendant la prochaine rencontre humaine, potentiellement mortelle. L’Amérique se dévoile, majestueuse, dans toute sa wilderness et on en lirait des pages et des pages jusqu’à plus soif.

Formidable conteur, Hernan Diaz réinvente le western, déploie une galerie de personnages foisonnants et crée une proximité immédiate entre son histoire et son lecteur, à tel point que j’ai été toute déboussolée, moi aussi, quand la dernière braise s’éteint. Et holy shit, que ça fait un bien fou !

 

Pumpkin Autumn Challenge 1/12

 

Hernan Diaz, Au loin, Delcourt Litterature

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6 réflexions sur “Le Hawk

  1. Pingback: Une douce lueur de malveillance – Dan Chaon

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