Prodigieuse machine

Petit avertissement à l’usage de mes licornes : vous vous apprêtez à entrer dans une projection du cerveau malade de Rosy, période chagrin post-Mémoire de Babel. Je compte bien m’étaler un peu (doux euphémisme) pour vous parler du troisième tome de cette saga si chère à mon cœur, aussi le spoil sera-t-il inévitable. J’en ferais le moins possible (certains passages seront cachés aussi) mais soyons clairs, cette chronique sera plutôt l’occasion de partager mon sentiment de lecture avec ceux qui auraient déjà lu ce présent volume. Si comme moi, vous souhaitiez entrer dans La Mémoire de Babel telle Jeanne la pucelle d’Orléans, surtout fermez cet onglet.

Alors ça y est, vous êtes prêts pour la chronique spéciale « Passe-Miroir le retour » *slash* « fangirling » *slash* « la meuf va s’étaler sur sept cent paragraphes » ? Sûrs ? Yeah ! Let’s go to the arbre à chocolat !

Et let’s go aussi checker les chroniques des copines avec qui j’ai partagé cette lecture, mais aussi un Skype avec plein de passion et de trolling à l’intérieur hier soir :

Charmant Petit Monstre / June & Cie / Isa la Rousse / Brocoli de Merlin

Cela fait presque trois ans qu’Ophélie erre comme une âme en peine sur son arche d’origine, Anima. Ce qu’est devenu Thorn après leur confrontation avec Dieu, elle l’ignore. Mais la surveillance étroite des doyennes l’empêche de faire le moindre écart. Or, lorsque ce cher Archibald débarque dans l’optique de l’arracher aux griffes de ces harpies, Ophélie saute sur l’occasion et s’échappe (avec la discrétion en option). Mais à peine a t-elle le plaisir de retrouver la compagnie de ses vieux amis qu’un nouveau choix s’impose. Rejoindre le Pôle et Bérénilde… Partir à la recherche de la mystérieuse arche d’Arc-en-Terre avec Gaëlle, Renard et Archibald ? A moins que les indices récoltés jusqu’ici et les souvenirs du Livre de Farouk ne la mènent ailleurs… Sur l’arche de Babel par exemple. Mais en suivant cette étrange intuition, Ophélie retrouvera t-elle la trace de Thorn ?

Par où commencer ? Par vous dire que c’était encore génial, d’abord. Que je n’ai pas du tout été déçue, ensuite. Mais que je préfère toujours le second volume, enfin. Pour resituer un peu les choses, disons que Les Fiancés de l’hiver c’était l’émerveillement total, la découverte d’un univers unique. Dans Les Disparus du Clairdelune, j’ai été happée par l’intrigue de bout en bout, et définitivement conquise par les personnages créés par Christelle Dabos et surtout cette histoire d’amour sans commune mesure qui se profilait à l’horizon. La Mémoire de Babel m’a plutôt semblé être un tome de transition, mais un excellent tome de transition, rassurez-vous, avant le final qui promet d’envoyer du bois de chêne en ronce de noyer.

Deux ans et demis ont passé, Ophélie est au bout de sa vie à Anima où, finalement, elle n’a plus rien, plus aucun sentiment d’appartenance, plus de lien en dépit de la présence des membres de sa famille. Thorn a vanished into thin air, elle n’a plus aucune nouvelle du Pôle et les Doyennes la surveillent comme le lait sur le feu, BREF C’EST PAS JOJO. Heureusement, Archibald et sa forte propension à l’imprévu débarque et lui offre une porte de sortie. Notre liseuse va pouvoir reprendre un tant soit peu son destin en main et, à la surprise générale, elle décide de se rendre seule sur une arche inconnue au bataillon, Babel, en adoptant une fausse identité comme tout hors-la-loi qui se respecte.

Encore une fois, on admirera le talent de Christelle Dabos pour bâtir des univers uniques. Pour le coup, on entre dans une atmosphère aux doux airs de Babylone, franchement steampunk, à base d’automates un peu teubés, de mega bibliothèque et de tramways volants. Mais à Babel, on ne folâtre pas comme chez ces fifrelins du Pôle. Mots interdits, uniformes, régime gentiment dictatorial… Les règles sont strictes madame. Et la connaissance est reine. Qui la détient, détient le pouvoir. Pas folle la guêpe, Ophélie va tout faire pour intégrer le prestigieux pensionnat des Avant-coureurs, l’élite de Babel. Pensez à des super bibliothécaires qui auraient avalé la classification décimale de Dewey. (Et là je me rends compte qu’il y a que les weirdos dans mon genre qui comprennent cette vanne). La jeune femme en est sûre, s’il y a quelque chose de vital à découvrir, c’est au coeur de Babel. Mais faire partie du gratin quand tous ont une soif d’ambition intarissable, ça a un prix et Ophélie va vite le comprendre à ses dépens.

là, il est encore temps de vous barrer parce que je ne peux pas poursuivre sans spoiler… Voilà. Hop, maintenant c’est trop tard. Oui, of course, Thorn finit par réapparaitre, mais je ne vous dirai pas comment, je ne suis pas non plus la personne qui a arboré un t-shirt Dumbledore meurt à la page 547 à l’époque. Vous voyez, j’arrive même pas à l’écrire sans le cacher. Et là, on ne peut pas s’empêcher de se rendre compte qu’on a quand même passé toute la première partie du bouquin à attendre ça. Quitte peut-être à squizzer deux trois trucs. D’où l’intérêt de le relire quatorze fois. J’avoue avoir noté une certaine redondance dans la construction du récit quand il s’agit des passages Thorn/Ophélie (en gros, « on se voit en cachette par intermittence dans ton bureau et je sais pas ce que tu penses »). Mais sinon, à partir de là, c’est que du bonheur. La relation qui existe entre Ophélie et Thorn participe grandement à la beauté de cette histoire, parce qu’elle sort des conventions, qu’à travers les non-dits depuis le début, on devine quelque chose de très fort, de très intense et d’infiniment touchant. Ma citation favorite de ce roman y est intimement liée, JE NE PEUX DONC PAS LE RETRANSCRIRE ICI ET DIEU (lol) SAIT QUE CA ME COUTE, mais… c’est juste trop de beauté. Et on applaudira une nouvelle fois la volonté de l’auteure de parler des êtres imparfaits, maladroits, incomplets, loin des clichés souvent retrouvés en littérature jeunesse (et pas que). L’émancipation d’Ophélie est aussi l’une des très jolies surprises de ce troisième volume.

Comme je l’ai dit, l’intrigue m’a un chouïa moins captivée que dans les tomes précédents mais on sent que Christelle Dabos prépare bien les choses, et elle instille ce qu’il faut de malaisant et de creepy pour nous faire entrevoir le pire comme le meilleur… Les passages dédiés à une certaine Victoire notamment ont eu le don de successivement me mettre des étoiles dans les yeux et me coller la chair de poule. Donc non, noooooooon, on ne flippe pas du tout pour la suite, non.

Une suite qu’on va toutes, tous attendre religieusement je crois, en ayant quand même moins les boules qu’à la fin du 2 (non mais cette fin…). J’ai toujours espoir que Christelle Dabos change son programme et prévoit une saga en cinquante sept opus, mais dans le doute, j’espère qu’elle soignera son final comme elle a soigné tous ses autres romans, parce que peu de bouquins envoient autant de rêve et de magie.

 

Challenge des Irréguliers de Baker Street +1 : Les trois Garrideb

Christelle Dabos, La Mémoire de Babel (La Passe-Miroir, tome 3), Gallimard Jeunesse

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19 réflexions sur “Prodigieuse machine

  1. Pingback: La mémoire de Babel – Christelle Dabos

  2. Pingback: La Passe Miroir, T 3 : La Mémoire de Babel.

  3. Je plussoie totalement le « Madame Dabos, quelques tomes en plus, siouplé ? » mais en même temps, j’aurais trop peur de lui coller une crise cardiaque, la pauvre.
    Et c’est clair que tu spoiles plus que moi, t’arrives même à caser des trucs sur Harry Potter, c’est dire xD

    Aimé par 1 personne

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